La dernière nuit du Raïs de Yasmina Khadra

Publié le par mademoisellechristelle

La dernière nuit du Raïs de Yasmina Khadra

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Ce que dit la quatrième de couv’ : « Longtemps j'ai cru incarner une nation et mettre les puissants de ce monde à genoux. J'étais la légende faite homme. Les idoles et les poètes me mangeaient dans la main. Aujourd'hui, je n'ai à léguer à mes héritiers que ce livre qui relate les dernières heures de ma fabuleuse existence. Lequel, du visionnaire tyrannique ou du Bédouin indomptable, l'Histoire retiendra-t-elle ? Pour moi, la question ne se pose même pas puisque l'on n'est que ce que les autres voudraient que l'on soit ».

Avec cette plongée vertigineuse dans la tête d'un tyran sanguinaire et mégalomane, Yasmina Khadra dresse le portrait universel de tous les dictateurs déchus et dévoile les ressorts les plus secrets de la barbarie humaine.

Quand j’étais enfant, il arrivait à mon oncle maternel de m’emmener dans le désert. Pour lui, plus qu’un retour aux sources, cette excursion était une ablution de l’esprit.

Ce que j’en pense : S’il y a bien un nom qui a marqué l’histoire du continent africain, c’est Mouammar Kadhafi. Qui l’histoire retiendra-t-elle ? Le visionnaire qui a libéré son pays ou le mégalomane qui n’a pas hésité à éliminer tous ceux qui se sont mis au travers de sa route ?

Pour rappel, Kadhafi a pris le pouvoir grâce à un coup d’Etat en 1969 et a renversé la monarchie en place. Mouammar Kadhafi, alors âgé de 27 ans, devient chef de l'État Libyen.

Il était une grande source d’inspiration pour le peuple libyen qui voyait en lui en guide. Il avait une vision moderne et ambitieuse pour le pays. Rien à voir avec la monarchie qui n’avait aucune ambition pour son peuple et se contentait de vivre dans l’opulence, un peu comme les « rois faignants ».

Les jeunes aimaient écouter Kadhafi car il les stimulait grâce à son charisme et à sa prestance. La Lybie était un pays prospère au temps de Kadhafi puisqu’elle avait le deuxième niveau de vie le plus élevé de l’Afrique.

Une fois le pouvoir acquis, la personnalité de Kadhafi changea. Il prit petit à petit conscience de sa souveraineté et oublia complètement les ambitions qui l’ont porté au pouvoir, ce pour quoi le peuple l’a soutenu. L’ère du dictateur sanguinaire a alors  commencé.

 

Dans son roman, Yasmina Khadra propose au lecteur de pénétrer à l’intérieur de l’âme de Kadhafi un peu avant son arrestation par les rebelles, près de Syrte, son village natal (doit-on considérer que la boucle est bouclée ?).

Yasmina Khadra ne se fait ni juge, ni bourreau, ni avocat, il propose simplement d’interroger l’esprit de Kadhafi.

Mouammar Kadhafi apparait comme un personnage exécrable. Il est complètement imbus de sa personne, ne supporte pas qu’on le contredise et ne possède aucune empathie ou aucune compassion pour autrui. Il me faisait penser à une diva excentrique dépourvue du sens des réalités et de la mesure. 

On raconte que je suis mégalomane.
C’est faux.
Je suis un être d’exception, la providence incarnée que les dieux envient et qui a su faire de sa cause une religion

Mégalomanie (n.f.) : la mégalomanie consiste en la surestimation de ses capacités, elle se traduit par un désir immodéré de puissance et un amour exclusif de soi. Elle peut être le signe d'un manque affectif. On la nomme couramment « folie des grandeurs » ou « délire des grandeurs », expression qui correspond à son étymologie (du grec mégalo, grandeur, et mania, folie). (Source : Wikipedia)

Telle qu’elle est décrite dans le livre, la mégalomanie de Kadhafi relève de la folie psychiatrique. En effet, il se dit guidé par une Voix divine qui lui dit comment se comporter et quelles décisions prendre. Persuadé que sa conduite est dictée par Dieu lui-même, Mouammar Kadhafi pense qu’il agit dans l’intérêt du peuple libyen.

On a l’impression qu’il est totalement lucide dans ses délires et qu’il sait parfaitement ce qu’il fait. Sauf que c’est tout l’inverse. Il construit des palais au lieu de construire des écoles. Le peuple se sent trahi, délaissé et finit par se retourner contre lui.

Étranges, les volte-face du temps. Un jour, vous êtes idolâtré, un autre, vous êtes vomi ; un jour, vous êtes le prédateur, un autre vous êtes la proie. Vous vous fiez à la Voix qui vous défie en votre for intérieur puis, sans crier gare, les lendemains vous découvrent dissimulé dans un coin, nu et sans défense, et sans l’ombre d’un ami.

« La dernière nuit du Raïs » (« Raïs » signifie « chef »en arabe) nous propose également une introspection dans le passé de Kadhafi. L’auteur le met en quelque sorte face à lui-même, face à sa vérité. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il a quelques comptes à régler !

L’écriture de Yasmina Khadra est magnifique, très poétique et imagée. C’est un vrai plaisir de le lire.  

Néanmoins, je ne peux pas dire que c’était un bon livre car il manquait au roman à mon sens un petit quelque chose pour rendre ma lecture plus « transcendante ». Je n’ai pas été véritablement happé par « La dernière nuit du Raïs » mais simplement intéressée. C’est vraiment dommage, car tous les éléments étaient réunis pour en faire un best-seller.

Ma note : 3,5/5

Publié dans Littérature

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