Pour quelques milliards et une roupie de Vikas Swarup

Publié le par mademoisellechristelle

Pour quelques milliards et une roupie de Vikas Swarup

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Ce que dit la quatrième de couv’ : Un logeur avide, une sœur qui joue à Miss India, une mère malade… Sapna Sinha a troqué ses rêves pour une vie de vendeuse en électroménager, quand un mystérieux milliardaire lui fait une proposition folle : il lui lègue sa fortune ! A une condition : qu’elle réussisse sept épreuves. Miracle ou pacte avec le diable ? Embarquée malgré elle dans d’incroyables aventures, Sapna devra prouver sa vaillance et son honnêteté afin de se construire un avenir meilleur. Un conte de fées moderne, drôle et poignant, signé par l’auteur des inoubliables Fabuleuses aventures d’un indien malchanceux qui devint milliardaire. Irrésistible !

Dans la vie, on n'obtient jamais ce qu'on mérite; on obtient ce qu'on a négocié.
C'est la première chose qu'il m'a enseignée.
Voici trois jours que je tente de mettre ce conseil en pratique, négociant fébrilement avec mes accusateurs et persécuteurs pour essayer désespérément d'échapper à la peine de mort qu'ils me réservent d'un commun accord.

Ce que j’en pense : Vikas Swarup est un auteur que j’ai déjà lu. Ses Fabuleuses aventures d'un Indien malchanceux qui devint milliardaire (devenues le Slumdog millionnaire de Danny Boyle) ne m’ont pas transcendée mais son Meurtre dans un jardin indien, en revanche, m’a captivée (pour lire mon billet, c’est par ici). Ce troisième livre allait donc me permettre de faire pencher la balance d'un côté ou de l'autre.

Lorsque j’ai lu le postulat de base, j’ai eu quelques doutes. Un riche homme d’affaires qui promet à une parfaite inconnue, vendeuse en électroménager, de la nommer à la tête de son empire pour lui succéder à condition qu’elle réussisse sept « épreuves »…. niveau crédibilité, on repassera… Entre nous, je vois mal Bernard Arnault proposer toute sa fortune à une vendeuse de chez Darty parce qu’elle aura réussi sept épreuves de la vie.. Mais bon, passons..

Les gens heureux ne font pas de bons P-DG. Le contentement engendre la paresse. C’est l’ambition qui fait parvenir à ses fins. Je veux quelqu’un qui a faim. Une faim née dans le désert de l’insatisfaction. Vous m’avez l’air de l’avoir, cette faim, cette aspiration.

Je me suis donc plongée dans la lecture de Pour quelques milliards et une roupie. Et là… la magie a totalement opéré : il m’a été physiquement impossible de me détacher les yeux de ce livre qui m’a envouté !

On retrouve des points similaires avec les deux précédents livres de l’auteur. Comme dans les Fabuleuses aventures d'un Indien malchanceux qui devint milliardaire, le personnage principal devra faire preuve de bravoure et d’ingéniosité pour traverser des épreuves. Comme dans Meurtre dans un jardin indien, le roman est rédigé sous la forme d’un polar où l’auteur y disperse des indices ça et là.

Comme dans ses précédents livres, l’auteur y dénonce les travers de l’Inde moderne, qui oscille entre traditions et modernité : la corruption, la condition des femmes, les inégalités sociales, le travail des enfants, le trafic d’organes, il est même question de téléréalité. La description de l’Inde était à mes yeux photo-réaliste : j’avais véritablement l’impression de voir les paysages, d’entendre les sons et de vivre au rythme des personnages. Je m’imaginais prendre moi aussi un auto rickshaw, vêtue d’un sari, rencontrais un vendeur à la sauvette et dégustais un plat sur le pouce acheté à un marchand ambulant avant d’aller prier au temple.

Je ne sais pas si l’Inde est comme dans les romans de Vikas Swarup, mais les romans de Vikas Swarup me donnent envie de sauter dans un avion pour y aller !

Cette obsession de la célébrité me laisse perplexe. La gloire ne vient pas avec le talent, elle est devenue une fin en soi. Et le meilleur moyen d’y parvenir est de passer à la télévision. Les gens sont prêts à tout et n’importe quoi – manger des cafards, insulter leurs parents, faire l’amour, se marier, divorcer, voire accoucher en direct – pour participer à un programme de téléréalité.

Sapna, le personnage principal, m’a agacé par moment. Je la trouvais trop droite, naïve, faisant trop confiance à la police et toujours persuadée que la vérité allait éclater. Mais elle n’en reste pas moins attachante ; en réalité, elle n’est pas trop honnête, elle est juste intègre.

Etant moi aussi l’ainée de ma famille, je me suis reconnue dans son sens du sacrifice (cela doit être un truc d’ainés) et j’ai admiré le courage dont elle a fait preuve pour abandonner ses rêves pour s’occuper de sa famille. En revanche, j’ai trouvé qu’elle baissait trop vite les bras à l’égard de sa petite sœur et qu’elle ne se montrait pas assez ferme vis-à-vis de ses caprices.

Les épreuves de Sapna sont loin des douze travaux d’Hercule ou des test psychotechniques que l’on fait passer avant un entretien d’embauche. Ce sont plutôt des leçons de vie où elle devra faire appel à des valeurs comme le leadership, l’intégrité ou le courage, qualités que l’excentrique millionnaire estime être essentielles pour être P-DG.

Le personnage de Vinay Mohan Acharya semble être doté d'ominipotence dans le roman. Le lecteur a l'impression, tout comme Sapna, que c'est lui qui orchestre toutes les épreuves et mène la danse, tel un Dieu hindou. Acharya lui répondra que c'est la vie qui mènera Sapna vers ses sept épreuves.

De plus, Acharya s'octroie le droit de venir chambouler la vie tranquille d'une jeune fille simple en lui proposant de diriger sa multinationale. En faisant une telle proposition à Sapna, de condition modeste, il savait très bien que cela changerait sa vie. Mon petit côté narcissique se demande d'ailleurs ce que j'aurais fait à sa place.

Acharya légitime son pouvoir grâce au contrat que Sapna a signé. Ce thème du pacte signé avec un personnage tout puissant est récurrent en littérature : Faust signe un pacte avec le Diable, Anastasia signe un pacte avec Christian Grey.. A chaque fois, un personnage "faible" pactise avec un personnage tout puissant (voire le Diable lui même) à la recherche d'un avenir meilleur mais réalise ensuite que ce pacte n'est pas sans conséquences sur sa vie personnelle. Quoi qu'il en soit, le personnage "faible" sort toujours grandi de l'histoire.

Les diplômes ne sont que des bouts de papier. Ils n'apprennent pas à diriger, mais seulement à gérer le personnel.

L’écriture de Vikas Swarup est aussi agréable à lire que dans son dernier roman. Teintée d’humour, fluide, avec un suspens qui vous tient en haleine et un retournement de situation incroyable à la fin.

Il nous offre ici un roman entre le conte de fées des temps modernes et le récit initiatique. Les personnages sont hauts en couleur, le récit palpitant et dépaysant, la morale est un peu trop moralisante mais si on ne peut pas mettre de morale dans un conte, alors où peut-on en mettre ?

Bref, un vrai coup de cœur me concernant ! Vous pouvez y aller les yeux fermés ! (Enfin, ouvrez-les quand même, c’est mieux pour lire le livre).

- Qu'avez-vous pensé de "Slumdog Millionnaire" ?
- J'ai bien aimé. Mais parce que c'est un blanc qui l'a réalisé, les gens d'ici sont jaloux .

Pour quelques milliards et une roupie de Vikas Swarup

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Ma note : 4/5

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