Petit pays de Gaël Faye

Publié le par mademoisellechristelle

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Ce que dit la quatrième de couv’ : Avant, Gabriel faisait les quatre cents coups avec ses copains dans leur coin de paradis. Et puis l’harmonie familiale s’est disloquée en même temps que son « petit pays », le Burundi, ce bout d’Afrique centrale brusquement malmené par l’Histoire.

 

Plus tard, Gabriel fait revivre un monde à jamais perdu. Les battements de cœur et les souffles coupés, les pensées profondes et les rires déployés, le parfum de citronnelle, les termites jours d’orage, les jaracandas en fleur… L’enfance, son infinie douceur qui ne nous quittent jamais.

Je ne connaîtrai jamais les véritables raisons de la séparation de mes parents. Il devait pourtant y avoir un profond malentendu dès le départ. Un vice de fabrication dans leur rencontre, un astérisque que personne n’avait voulu ou voulu voir.

Ce que j’en pense : moi qui suis plutôt sceptique concernant les livres primés, je dois avouer que ceux ayant récompensé le livre de Gaël Faye sont amplement mérités. Si je l'ai choisi, c'est parce qu'il traite notamment du génocide rwandais, un sujet dont on ne parle pas assez à mon goût.

 

« Petit pays », c'est l'autobiographie histoire de Gabriel, dix ans, qui vit avec son père français, sa mère rwandaise et sa petite soeur Ana dans un quartier résidentiel de Bujumbura, la capitale du Burundi. Le roman est divisé en deux parties. La première relate l’enfance de Gabriel : une enfance pleine d’innocence, à l'ombre des manguiers. Gabriel vit sa vie sans se l’expliquer : il fait les quatre cents coups avec sa bande de copains, va à l’école française, vole des mangues.. bref, la vie sans se poser de questions.

 

Puis, la guerre vient rompre cet équilibre. Elle va tout d’abord séparer ses parents. Sa mère, qui rêvait jusqu'alors de retourner dans son pays natal, quitte le domicile familial et se rend au Rwanda. Sur place, elle a vu toute sa famille décimée à cause du génocide et en restera marquée à vie.

Mais il y a aussi le conflit qui règne au Burundi : d'abord gangrène puis guerre ouverte et armée qui décime le peuple. Celui qui oppose deux ethnies : les hutu et les tutsi.

Le génocide est une marée noire, ceux qui ne s'y sont pas noyés sont mazoutés à vie.

En 1993, sont organisées les premières élections libres et pluralistes au Burundi depuis son indépendance en 1962, élections remportées par Melchior Ndadaye, candidat hutu du Front pour la démocratie du Burundi (Frodebu). Cette victoire cristallise les conflits entre les deux ethnies majoritaires, hutu et tutsi; les Tutsi acceptent mal la victoire d'un Hutu à la tête du pays. Le 21 octobre 1993, le gouvernement est victime d'un coup d'État mené par l'armée (constituée majoritairement de Tutsis). Melchior Ndadaye et plusieurs membres du Frodebu sont tués. Rapidement, des Tutsis se font massacrer par des Hutus, dans le centre, le nord et l'est du territoire. Les militaires, quant à eux, contre-attaquent et massacrent des centaines de milliers de Hutu pour venger leurs frères tutsi tués par les Hutu en colère (Source : Wikipedia).

Cet après-midi là, pour la première fois de ma vie, je suis entré dans la réalité profonde de ce pays. J'ai découvert l'antagonisme hutu et tutsi, infranchissable ligne de démarcation qui obligeait chacun à être d'un camp ou d'un autre. Ce camp, tel un prénom qu'on attribue à un enfant, on naissait avec, et il nous poursuivait à jamais. Hutu ou Tutsi. C'était soit l'un, soit l'autre. Pile ou face.

Il y a un net basculement entre la première et la deuxième partie du roman. Si la première partie est plus lente et descriptive, le rythme s’accélère nettement dans la deuxième partie du roman et l’histoire devient plus haletante. On vibre pour le Burundi en même temps que l’on progresse le roman et l’on se prend d’empathie pour un peuple meurtri à jamais.

 

La seconde partie marque la fin de l’enfance, le passage à la vie d’adulte pour Gabriel dit Gaby, qui commence à prendre conscience du monde qui l’entoure. Et il le fait avec beaucoup de sagesse et d'intelligence. J'ai adoré ce personnage, peu d'enfants auraient réagi comme lui. 

 

Ce roman est un coup  de coeur. L’écriture de Gaël Faye est visuelle, odorante même, percutante, émouvante. J’ai terminé le roman la gorge nouée. Pour un premier roman, je suis scotchée !

«Petit pays » mais « grand roman »..

 

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Ma note : 4/5

Publié dans Littérature

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Didi 22/12/2016 14:19

Merci pour ce bel avis sur ce livre qui assurément fait l unanimité
Passe de belles fêtes de fin d année
Bisous

mademoisellechristelle 22/12/2016 21:15

Passe de belles fêtes toi aussi !