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Jours de pouvoir de Bruno Le Maire

Publié le par mademoisellechristelle

jours de pouvoir-copie-1L’histoire : « Jours de pouvoir » retrace le journal de bord de Bruno Le Maire de 2010 à 2012, à l’époque où il étaitministre de l’agriculture dans le gouvernement de François Fillon. Bruno Le Maire souhaite ainsi faire découvrir au lecteur le rôle d’un ministre au 21ème siècle ainsi que la place du pouvoir politique en France et dans le monde.

 

Etre ministre, c’est avant tout assurer des déplacements permanents. Bruno Le Maire va donc parcourir la France afin d’écouter les agriculteurs et les syndicats agricoles exposer leurs problèmes et trouver des solutions. Mais surtout, Bruno Le Maire voyage à travers le monde pour négocier les futures politiques agricoles européennes et mondiales et faire face aux pressions internationales. On est donc assez loin de la bureaucratie..

 

En réalité, Bruno Le Maire pose surtout la question de la place du pouvoir en France et dans le monde dans un contexte de mondialisation.. Les politiques sont-ils les seuls à avoir le pouvoir ou existe-t-il d’autres formes de « forces » pouvant influer sur des décisions d’ordre mondial ?

 

Enfin, être ministre, c’est aussi soutenir et défendre coûte que coûte la politique de son Président, notamment lorsque celui-ci fait campagne pour sa réélection. Mais c’est peut-être un peu plus compliqué quand on est ministre d’un Président qui se prend pour Louis XIV..

 

Ce que j’en pense : on a tous plus ou moins rêvé de pénétrer dans les coulisses du pouvoir et ce livre nous en offre une belle occasion.

 

A mon sens, deux thèmes y sont principalement abordés. L’auteur y traite tout d’abord de la question la place du pouvoir de nos jours et de la réelle prise de décision politique (mais qui tient les ficelles du pouvoir ?). Ensuite, à travers son récit, Bruno Le Maire dresse un portrait rapproché de Nicolas Sarkozy.

 

C’est incontestable : le livre de Bruno Le Maire est fort bien écrit et on sent chez celui-ci un réel talent d’écrivain (plus que de ministre ?). Pour nous raconter son passé de ministre de l’agriculture, Bruno Le Maire choisit un ton très neutre et très descriptif. Il ne laisse donc que très rarement transparaitre ses sentiments.

 

Alors, Monsieur le Ministre, qui possède réellement le pouvoir au 21ème siècle ?

 

bruno le maireEh bien visiblement, ce ne sont pas les hommes politiques français. En effet, on a l’impression que ceux-ci ont plutôt un rôle secondaire, notamment dans la politique internationale.

 

Dans son livre, Bruno Le Maire nous fait partager son expérience à l’agriculture. Eh bien, croyez-moi, il passe beaucoup plus de temps à négocier avec ses homologues européens et internationaux qu’à prendre de véritables décisions.

 

Etre ministre ne consisterait donc pas à se la couler douce derrière un bureau mais à voyager sans cesse à travers la France et le monde (souvent au détriment de sa vie de famille) pour écouter les plaintes des uns et négocier plus de souplesse avec d’autres.

 

Bruno Le Maire nous le fait comprendre clairement : en matière d’agriculture, tout passe par l’Europe et rares sont les décisions qui se prennent à un niveau national. L’un des exemples qui m’a notamment frappé c’est l’épisode où Bruno Le Maire essaye de convaincre son homologue allemand de débloquer des fonds pour les plus démunis et que cette dernière reste totalement inflexible face à ses arguments car elle estime que l’Allemagne a déjà trop payé.

 

« Si nous ne maintenons pas l’aide européenne pour 2012 et 2013, des associations en Grèce, en Espagne, au Portugal, pas seulement en France, ne pourront pas financer les repas pour les pauvres. – C’est leur problème, pas le problème de l’Allemagne. – Il suffit de payer encore deux ans. – Deux ans ? Mais nous, nous payons pour les autres depuis des années et nous ne touchons pas un euro de cette aide, cela suffit. – Je comprends, Ilse, mais cela fait vingt-cinq ans que c’est le cas. – L’Allemagne ne paiera pas. – 200 millions d’euros ? Alors que vous allez payer des centaines de milliards d’euros pour sauver la Grèce ? – Raison de plus. – L’Allemagne va se retrouver isolée. Elle a tout le Parlement européen ou presque contre elle, vingt et un Etats sur vingt-sept et toute la Commission. – A cause de qui ? A cause de toi. – Ce n’est pas le sujet. Nous avons toujours travaillé parfaitement ensemble. Mais là, vous êtes isolés. – Nous ne sommes pas isolés, nous avons la Grande Bretagne avec nous ».

 

lemaire-sarkozy.jpgSi nos hommes politiques ne sont donc plus des décideurs et n’ont pas beaucoup de marge de manœuvre sur les prises de décision, mais alors, qui prend les décisions ? A qui appartient le pouvoir ? Les pays dominants de l’Europe comme l’Allemagne ? Les organisations internationales ? Probablement..

 

J’ai également vu un autre indice dans un épisode au cours duquel Bruno Le Maire raconte comment le directeur de la banque mondiale est venu lui apporter ses « conseils » en matière de Politique Agricole Commune. Mais curieusement, ce point n’a pas été très développé.. Je vous laisse donc seuls juges de la qualité des « conseillers extérieurs » de la France en matière de PAC..

 

« La main qui gouverne ne tire plus toutes les ficelles du capitalisme, elle en tient encore à peine une ou deux, et si elle ne prend pas garde à ses choix, demain elle sera la marionnette, et le capitalisme la main. Un jour viendra où des entreprises, des patrons étrangers, des fonds de pension, des investisseurs diront « Faites ! » et nous nous exécuterons »

 

sarkozy-merkel-3-3c9bfN’étant pas spécialement admirative du personnage, je n’ai pas lu beaucoup de livres à propos de Nicolas Sarkozy. Et dans celui-ci, le moins que l’on puisse dire c’est qu’il perd complètement de sa superbe..

 

Ce qui ressort de manière flagrante du livre, c’est l’obsession de Nicolas Sarkozy de vouloir tout contrôler et de vouloir être au centre de tout ce qui se passe au sein du gouvernement. Le lecteur remarquera d’ailleurs la quasi-absence de François Fillon dans le livre.

 

A ce titre, et d’un point de vue strictement personnel, j’ai eu presque l’impression de lire un livre sur le fonctionnement d’une monarchie absolue au 21ème siècle avec une politique intérieure et extérieure qui tourne autour de Nicolas Sarkozy notre bon roi !

 

Par ailleurs, le lecteur remarquera immédiatement que Bruno Le Maire a su parfaitement retranscrire sur papier le phrasé saccadé de Nicolas Sarkozy ; il a même pensé à reproduire les fautes de syntaxe. En lisant Bruno Le Maire, j’ai eu l’impression d’entendre parler Nicolas Sarkozy dans ma tête.

 

"Tu as mis tes bottes Hermès, Nathalie ? Elles sont magnifiques. Hermès, c'est cher, mais c'est magnifique." Le Président se tourne vers sa voisine : "Mais vous, Bernadette, vous êtes un peu gestionnaire d'Hermès, non ? - Comment ça, Nicolas ? - Maintenant que Bernard Arnault a racheté une part d'Hermès. Vous êtes bien au conseil de LVMH ? Donc vous êtes un peu gestionnaire d'Hermès. [...] En tous cas, Hermès c'est une belle maison. Mais qu'est-ce que c'est cher ! C'est hors de prix ! Le Kelly de base, pas le Kelly en croco, hein ? Le Kelly de base, il est quand même à 5.000 euros ! 5.000 euros ! Je l'ai dit un jour à la famille : "5.000 euros, tout de même, vous vous rendez compte ?" Mais si ! Je vous assure ! 5.000 euros ! Ecoutez, je suis pas un plouc, je connais"

 

Le livre de Bruno Le Maire est une sorte de cadeau empoisonné à l’ancien président puisque Nicolas Sarkozy a parfois une image ridicule et l’on a du mal à accorder du crédit à cet homme qui a pourtant été notre Président de la République pendant cinq années.

 

"Tu te fais maquiller, Nicolas ? » Un des interprètes chuchote la traduction à l’oreille du Président. « Ah, toujours Angela ! Toujours ! Sinon on a une tête, on se voit à la télé, franchement, c’est atroce la tête qu’on a ». Elle hoche la tête dubitative. « Moi, je n’aime pas me faire maquiller. – Ah, mais tu as tort, Angela, je t’assure, on est beaucoup mieux maquillé ! – Il faut avoir une bonne maquilleuse, alors. – Moi, j’ai une maquilleuse personnelle, Angela, elle est formidable, vraiment, elle est formidable ! » Le premier interprète accentue légèrement les inflexions de sa voix, pour bien se faire comprendre de la Chancelière. Elle boit une gorgée de thé, poursuit en allemand, et le second interprète, en léger différé, de quelques secondes seulement, souffle au Président : « Remarque, Nicolas, c’est comme pour le coiffeur, on s’est moqué de ma coiffure pendant des années, du coup un jour, je me suis dit, je vais aller chez le meilleur coiffeur de Berlin, et voilà, c’est pas plus compliqué que ça, plus personne ne se moque de ma coiffure ! » Elle fait un peu bouffer le bas de ses cheveux. Le Président, ironique : « Ah mais c’est très réussi, Angela, très réussi ! » Le premier interprète, cette fois hésite à mettre l’intonation, et finalement débite sa traduction sur un ton neutre. Le Président poursuit : « C’est parce que tu es coquette, Angela ! – Coquette ? » Des gouttes de sueur apparaissent sur le front du premier interprète. « Mais oui, coquette ! Tu crois que ça m’a échappé, ton histoire de décolleté, hein ? Ah ! Le décolleté d'Angela ! Tout le monde en a parlé en France !"

 

Et ne vous avisez pas de contrarier le roi, il pourrait vous arriver des bricoles..

 

"Assise derrière lui, Carla glisse : « Pourquoi tu ne laisses pas parler les autres, mon chéri ? Tu fais une réunion et tu ne laisses pas parler les autres, ça sert à quoi ? Il faut laisser parler les autres ». […] « Les autres, on s’en fout !"

 

Enfin, je ne pense pas spoiler la fin du livre en vous disant qu’à la fin de son règne, ses ministres avait tous pressentis la chute du roi soleil et que, malgré leur combat, un autre serait élu à sa place.

 

Le roi est mort ! Vive le roi !

 

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Et pour finir, une petite citation : « Les français, ils veulent me voir souffrir ; c’est comme ça ; ils me mettent en cohabitation : avec les journalistes, avec la presse, avec les sondages ; je me suis toujours construit comme ça, dans la difficulté ; je changerai pas ça, c’est trop tard. Mais je peux faire la rupture avec moi, ils le savent ; le second mandat, le dernier, je le construis autrement : je renouvelle ; je suis le Président apaisé. Personne ne se pose autant de questions sur ce Président que moi : personne ! Je m’interroge : pas besoin de psychanalyse, je le fais tout seul. »

 

Sur le même sujet..

 

Publié dans Littérature

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Féerie générale d'Emmanuelle Pireyre

Publié le par mademoisellechristelle

féerie généraleL’histoire : Difficile de résumer le livre d’Emmanuelle Pireyre d’autant plus qu’on ne sait pas vraiment si c’est un roman, un essai ou un recueil de nouvelles.

 

Il s’agit en réalité de plusieurs petites histoires mêlant personnages réels et fictifs, sur fond de modernité avec des thèmes comme : les mangas japonais, le monde de la finance, internet..

 

Sous prétexte de petites histoires aux allures légères, Emmanuelle Pireyre nous propose en réalité une radiographie sociétale du début du 21ème siècle. A ne pas mettre entre toutes les mains cependant..

 

Ce que j’en pense : « Féérie générale » d’Emmanuelle Pireyre a obtenu le prix Médicis en 2012. Pour la petite histoire, le prix Médicis est un prix littéraire français fondé par Gala Barbisan et Jean-Pierre Giraudoux le 1er avril 1958 afin de couronner un roman, un récit, un recueil de nouvelles dont l'auteur débute ou n'a pas encore une notoriété correspondant à son talent (Source : Wikipedia).

 

 

C’est donc avec une grande curiosité que je me suis lancée dans la lecture du livre d’Emmanuelle Pireyre puisque c’était le premier prix Médicis que je lisais. Je ne cours pas après les prix littéraires d’habitude, mais un livre que tout le monde qualifiait d’OLNI (Objet Littéraire Non Identifié) ne pouvait qu’attiser ma curiosité.

 

Eh bien, chose très rare, je dois avouer que la lecture de ce livre fut difficile..

 

On ne peut que remarquer le gros problème de forme dont souffre ce roman. En effet, Emmanuelle Pireyre se lance dans une sorte de plongée dans les consciences du début du 21ème siècle dont elle va emprunter les idées aux uns, prélever des échantillons dans les médias ou sur les forums, détourner des clichés, le tout joyeusement mixé dans un seul et même récit. Un peu comme un scrapbooking composé avec des pièces qui n’auraient rien à voir les unes avec les autres.

 

albums-et-kits-scrapbooking-kit-scrapbooking-des-amoureux-pDu coup, ça part dans tous les sens ; les pensées de l’auteur sont vraiment trop disparates pour être cohérentes. Pourtant, on sent qu’il y a une réelle volonté de nous faire réfléchir et de nous faire prendre conscience de certains sujets vraiment intéressants mais étant donné la forme et le langage utilisés, le message est difficilement compris par le lecteur.

 

Pour vous donner une idée de la (dé)construction des pensées d’Emmanuelle Pireyre, voici les titres de quelques chapitres du bouquin : « Comment laisser flotter les fillettes? », « Comment habiter le paramilitaire? », « Le tourisme représente-t-il un danger pour nos filles faciles? », « Friedrich Nietzsche est-il halal? ». Je vous laisse apprécier..

 

Et pourtant, même si le message ou le langage n’est pas forcément compris, on ressent en tant que lecteur un très beau travail d’écriture d’Emmanuelle Pireyre. C’est assez difficile à expliquer car, même si je trouve le message confus, eh bien, et c’est là toute l’étrangeté du livre, il y a de la poésie qui se cache derrière ce livre.

 

Alors, que penser de « Féerie générale » au final ? J’ai un avis un peu mitigé. Même si ce livre contient de très beaux moments de littérature et de poésie, je ne suis pas parvenue à entrer dans le monde d’Emmanuelle Pireyre, ce que je trouve vraiment regrettable et qui m’a empêché d’apprécier le livre.


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Et pour finir, une petite citation : « les hackers ont souffert des campagnes de presse qui les décrivent comme des délinquants. Alors qu'un hacker est tout le contraire, un hacker est un bricoleur génial, quelqu'un de formidable qui comprend un procédé technique ultracompliqué. Le hacker enchante autrui par son perfectionnisme, sa compréhension intime du système ; il refuse de se laisser aliéner par les applications techniques, et d'être soumis, comme 99% de l'humanité, aux machines, aux interfaces et aux vendeurs de licences. Il veut rester libre ».

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Cinquante nuances plus sombres de E.L. James

Publié le par mademoisellechristelle

50 nuances plus sombres

L’histoire : Nous étions restés sur notre faim à la fin du premier tome lorsqu’Ana, le cœur déchiré, a décidé de quitter Christian car elle estimait ne pas pouvoir lui donner ce qu’il attendait d’une femme à savoir une maitresse sado-maso qu’il pourrait attacher en petite tenue et talons aiguilles aux barreaux de son lit, tout en lui mettant des tartes dans la tronche, qui aimerait cela, et lui en redemanderait encore (T’aimes ça, hein ?! Oh oui !!! Oui qui ? Oui Monsieur ! Oups.. je m’égare là).

Bref, c’est le cœur brisé qu’Ana démarre son nouveau travail dans l’édition et décide de se consacrer entièrement à sa carrière.. pendant au moins deux jours ! Eh oui, à peine un week-end et deux jours après leur séparation, revoilà le beau Christian qui vient pointer son nez et à qui Ana ne résistera pas très longtemps (en même temps, on s’en doutait un peu).

Commencera alors une véritable love story entre les deux protagonistes (non mais attendez, on avait signé pour du sado-maso, nous !!!) qui s’envoient des « je t’aime bébé » à toutes les pages et dans toutes les positions.

Mais bien évidemment cette histoire ne sera pas sans encombres, puisque notre couple de tourtereaux devra faire face à de nouveaux dangers : le patron d’Ana qui la harcèle sexuellement, les ex de Christian complètement folles qui vont refaire surface et les révélations sur le passé mystérieux de ce dernier..

Leur amour résistera-t-il malgré tout ? Le suspense est à son comble..

Ce que j’en pense : Après avoir refermé le premier tome, je me suis demandée si on pouvait faire encore plus mauvais que ce livre. Eh bien oui, c’est possible : ce nouvel opus est encore pire que le premier..

Commençons tout d’abord par les retrouvailles entre les deux personnages. A la fin du tome 1, Ana a quitté Christian car celui-ci n’a pas réussi à lui faire aimer le sadomasochisme. Elle décide donc d’oublier son chagrin d’amour en se concentrant sur son travail. Sauf que, visiblement, Ana a les mêmes capacités de concentration qu’un poisson rouge.

En effet, deux jours à peine après avoir commencé son nouveau travail, Ana reçoit un mail de Christian : « Salut, c’est Christian, tu veux venir avec moi à l‘exposition photo ? » « Euhh..d’accord ».  Quelle volonté de fer !

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L’histoire d’amour est ensuite amenée au lecteur avec une subtilité digne d’une vierge dans un magasin de porcelaine sado-maso ; ce qui, cela dit en passant, est quelque peu décevant puisque le côté sado-maso promis au départ est complètement passé à la trappe.

L’histoire d’amour entre Ana et Christian s’articule autour de plusieurs points.

Tout d’abord, elle est réglée par un cycle qui doit à peu près ressembler à cela : réflexions-dispute-sexe-réflexions-dispute-sexe (une relation profonde en somme). Autant vous dire que l’on tourne en rond et que les répétitions que j’ai pu reprochées dans l’écriture du premier tome sont toujours là.

Et là, chers lecteurs, je vous sens conquis.. Mais attendez donc la suite..

Comme je vous le faisais remarquer dans mon précédent billet (pour le lire, c’est ici), ce livre est un véritable temple de la consommation et de l’idée que le bonheur passe nécessairement par l’argent.

Eh oui, chers lecteurs, sachez qu’il convient de distinguer deux catégories de population : les gueux, comme nous, qui nous contentons d’offrir des fleurs ou des chocolats une fois de temps en temps, et Christian Grey qui s’en va acheter gaiement une voiture à sa petite amie un dimanche après-midi avec autant de facilité que lorsque j’achète mes carottes au marché. Après un mois de relation, faire cadeau d’une voiture, ça parait normal non ?

Le lecteur a également la chance de connaitre le prix et la marque de chaque cadeau ou vêtement (voire même chaque culotte) qu’Ana sort de la garde-robe offerte par Christian.. si ça c’est pas la classe !

« Il doit éprouver des sentiments pour moi. Ce doit être ça. Cet Ipad, ces chansons, ces applications, il tient à moi »

Mais qu’importe ! Quand on aime, on ne compte pas ! Remarquez, c’est quand même bien plus pratique quand on gagne 100.000 $ de l’heure.. donc t’inquiète, je peux te faire kiffer bébé !

L’histoire d’amour entre Christian et Ana est sans cesse rythmée par les états d’âme d’Ana qui peuvent se résumer ainsi : « Arriverais-je à combler ses besoins ? ».. « Non, je ne le quitterai pour rien au monde ».. « Mais je ne peux pas lui donner ce qu’il veut ».. « Je lui appartiens, corps et âme ».. « La fessée, j’aime pas ça, je le quitte ».. « Oh non, la fessée c’est bien finalement ».. Ana, ma chère, il va falloir se décider un jour ou l’autre ou sinon je te ferai bouffer ta cravache refermerai le livre avant que tu n’aies eu le temps de prendre ta décision !!!

Enfin, le lecteur en apprend un peu plus sur le passé trouble de Christian dont notamment les circonstances dans lesquelles il a été adopté ainsi que son enfance.

A ce stade, amis lecteurs, je vous sens au bord de l’orgasme vivement impatients de savoir la suite..

Concernant l’évolution des personnages, j’ai presque envie de vous dire : on prend les mêmes et on recommence !

Ana est toujours schizophrène puisque sa déesse intérieure ainsi que sa conscience sont toujours là.

« Ma déesse intérieure, enveloppée d'un boa en plumes roses et en diamants, pavane sa camelote sur des talons de salope » (quelle classe cette déesse intérieure).

A ce propos, dans le livre, Ana consulte le Dr Flynn, psychologue de Christian afin d’en connaître un peu plus sur son passé et savoir si une fille comme elle pouvait combler ses besoins (on tournerait pas un peu en rond là ?). Il est fort regrettable, à mon humble avis, qu’elle ait omis de lui parler de son problème de dédoublement de la personnalité afin de ne faire plus qu’un avec elle-même, ce qui rendrait son personnage plus crédible pour le lecteur.

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Sinon, l’auteure essaye toujours de nous faire croire qu’Ana est diplômée en littérature. J’émettrais cependant de sérieux doutes quant à cette hypothèse dans la mesure où Ana utilise le mot « bordel » ou « putain » à peu près 7896 fois dans le bouquin.. De plus, à s’extasier toutes les 20 lignes sur Christian telle une midinette à la vue de Justin Bieber, je doute fortement qu’Ana ait elle-même dépassé le brevet des collèges..

Monsieur Gris.. euh Christian, pardon.. est toujours le même : un maniaque de l’hyper-contrôle qui ne laisse pas Ana traverser la rue toute seule et surtout, et c’est ce qui rend son personnage plus séduisant auprès de nos lectrices mémères amatrices de porno, toujours aussi hyper-riche.

D’ailleurs, à ce propos, le doute m’habite. Si le lecteur est bien informé quant à la forme, la taille et le goût du pénis du Christian, il l’est beaucoup moins bien sur son travail (quoi, comment ça, vous vous en fichez ?!?). Les maigres indices que nous donnent l’auteure consistent à nous faire savoir que Christian a une société dans le domaine des télécom, qu’il cherche à remédier à la faim dans le monde et qu’il achète des sociétés d’édition.. Vous me suivez là ?

Cela n’a pas vraiment l’air d’intéresser Ana qui ne se demande à aucun moment d’où lui vient tout ce pognon (rappelons qu’il a la classe de dire à Ana qu’il gagne 100.000 $ de l’heure) alors qu’il se contente de passer trois coups de fil dans la journée en guise de « travail » (et là, amis lecteurs, je sens pointer chez vous le désir de reconversion).

Concernant le style de l’auteure, laissez-moi vous dire que s’il existait une police de l’écriture, cette femme serait en prison !

L’histoire traine beaucoup trop en longueur : 300 pages pour décrire trois jours, c’est vraiment troooooop lonnnnnnnng ! Et je ne parle pas de trois jours d’action, je vous parle d’un voyage de 300 pages dans les pensées d’Anastasia Steele !!!

Pour vous donner une idée, je me suis lancée dans un petit exercice de Steele style afin de vous faire faire découvrir celui de E.L. James :

Je me lève ce matin à 6 heures 30. Ouuuuh comme il est beau Christian, nu allongé dans le lit. Une fois debout, je me regarde dans le miroir. J’ai les joues toutes rouges car Christian m’a enflammé avec son regard de baise braise ce matin au réveil. Comme j’aime quand son regard gris se porte sur moi et me déshabille de la tête aux pieds ! Je décide de me faire une queue de cheval car je trouve cette coiffure plus pratique pour l’activité qu’a décidée Christian pour nous aujourd’hui. Il a décidé d’aller m’emmener acheter une nouvelle voiture. Moi j’aimais bien mon ancienne Audi mais il a décidé qu’il m’achèterait une Saab. Je ne sais pas ce qu’il a avec les voitures étrangères. Et puis, je me demande quelle couleur je vais choisir. Surement une grise pour être assortie aux yeux de Christian. Ah, les beaux yeux de mon cinquante nuances ; ces yeux qui peuvent se montrer à la fois tendre, incendiaire et glacial. Christian est comme ça, lunatique ; il change souvent d’humeur au cours de la même journée. C’est sans doute lié à son passé mais à qui exactement ? A sa mère pute et camée, à ses ex, à sa famille ? Christian a un passé vraiment trouble. Comme il a dû souffrir étant enfant ; quand j’imagine ce petit garçon à qui on a fait du mal, les larmes me montent. Mais je l’aime, jamais je ne le ferai souffrir et je ne pourrais jamais passer ma vie sans lui. 

Vous trouvez que ce que j’ai écrit est intéressant ? Alors imaginez lire 500 pages de ce blabla sans action ! (quoi, comment ça, vous vous êtes endormis ?!?)

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Que penser de ce tome 2 au final ? Pour ma part, j’hésite entre l’ennui et la comédie (voire la parodie). Je regrette que le côté érotico-sado-maso soit complètement oublié au profit de scènes de « sexe vanille » où Ana est au bord de l’orgasme sur simple demande.

Pour moi, la relation entre les deux personnages sonne faux. Ana et Christian ne partagent rien d’autre à part le sexe. Comment alors s’engager avec un homme dont on ne connait même pas la couleur préféré ou la taille de sa pointure de chaussures ? Pour moi, c’est inconcevable !

Enfin, on sent que la théorie de Hegel prend tout son sens dans ce nouveau tome puisqu’Ana a complètement pris l’ascendant sur Christian : le maître est devenu esclave.

Alors, lirai-je le tome 3 ? Oui, sans doute. Mais l’auteure fera-t-elle encore pire que le tome 2 ? La suite au prochain épisode !

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Et pour finir, trois petites citations : « Il m’adresse son petit sourire de travers et lève les mains dans un geste qui signifie « Je suis tout à toi, bébé ». Je souris, c’est Noël »

« M'habituerai-je un jour à ce que Taylor m'appelle "Madame" ? J'ai l'impression d'être vieille, d'avoir au moins trente ans »

« Je crois que nous mangerons plus tard, dit-il. Remets le poulet au réfrigérateur".. Jamais je n'aurai imaginé que Christian Grey prononce une phrase aussi sexy.. »

 

 

 

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Le mec de la tombe d'à côté de Katarina Mazetti

Publié le par mademoisellechristelle

le mec de la tombe d'à cotéL’histoire : Elle : Désirée est une jeune veuve. Bibliothécaire plutôt ambitieuse, c’est une citadine qui aime la littérature, l’art contemporain, le théâtre et l’opéra. Elle vit dans un appartement couleur blanc aseptisé et ultra-moderne (bref, fade et sans saveur) et dans lequel chaque chose a une place bien définie.

 

Lui : Benny est orphelin de père et mère. Il a repris la ferme familiale qu’il gère tant bien que mal (mais il aurait bien besoin d’une p’tite femme quand même). Benny aime les sorties entre amis, la bonne bouffe, sa ferme, les tracteurs, et draguer les filles. Benny aime vivre loin de tout, mais surtout dans le foutoir.

 

Ces deux-là n’ont rien en commun me direz-vous.. exact ! Et pourtant, leurs chemins vont se croiser dans un endroit qu’ils ont en commun : le cimetière (nouveau lieu de rencontre pour célibataires branchés visiblement).

 

Tous deux s’ignorent et se détestent secrètement, jusqu’au jour où ils vont se sourire, puis se séduire et plus si affinités.. Et là, je vous décroche une phrase façon téléfilm du dimanche : arriveront-ils à s’aimer malgré leurs différences ? 

 

Ce que j’en pense : étant donné les nombreux commentaires positifs que j’ai pu trouver sur la toile, ainsi que l’immense succès de ce bouquin en librairie, je me suis laissée tentée par la lecture du « mec de la tombe d’à côté » dont le titre laissait présager une histoire plutôt originale. Encore une fois, ce livre est la démonstration que ce ne sont pas les succès en librairie qui font les bons livres..

 

Je m’explique.

 

Tout d’abord, j’ai souvent lu que le roman de Mazetti était un roman décalé et plein d’humour.. A dire vrai, ce roman n’a absolument rien de décalé et pour l’humour, faudra repasser (je ne me rappelle même pas avoir souri).

 

Loin d’être original, « le mec de la tombe d’à côté » accumule plutôt les clichés.

 

le-mec-de-la-tombe-d-a-cote-copie-1.jpgLe premier stéréotype réside dans l’histoire elle-même. En effet, le thème du bouquin est l’amour impossible entre un homme et une femme que tout oppose : leur train de vie, leur caractère et même leur apparence

 

C’est un thème qui sent le vu, le re-vu et le re-re-vu et que l’on retrouve dans toutes les séries TV et les films à deux balles ; on est très loin de l’amour impossible et passionnel façon Roméo et Juliette. Compte tenu de l’originalité du titre et du lieu de la première rencontre entre les deux personnages, j’avais vraiment espéré beaucoup plus..

 

Le deuxième stéréotype dans lequel s’enterre l’auteur tient aux personnages. Benny et Désirée ne sont, à mon sens, que des caricatures d’eux-mêmes. Ce sont deux personnages dont les traits de caractère et les différences sont poussés à l’extrême.

 

La citadine toute pâle et maigrichonne un peu snob et branchée qui aime l’art contemporain, la littérature et les déco épurées qui tombe amoureuse de l’agriculteur un peu bourru qui aime la bonne bouffe, les tracteurs et qui vit dans une maison où trônent encore les décorations en point de croix faite par sa défunte mère..

C’est un peu comme si un paysan façon l’amour est dans le pré rencontrait une citadine branchée façon Audrey Tautou.. Quoi, comment ça, vous avez dit cliché !?!

 

Je doute franchement que, « dans la vraie vie », les agriculteurs ressemblent tous à Benny et les bibliothécaires toutes à Désirée.

 

Du coup, ces deux personnages m’ont agacé au plus haut point et il m’a été impossible de m’y attacher.

 

article_SGE.UCI52.050707193509.photo00.photo.default-512x34.jpgL’une des choses qui m’a le plus agacé chez Désirée et Benny c’est leur manque de communication. Ce trait est flagrant dans la forme du livre, d’une part. En effet, Katarina Mazetti a pris le parti de laisser les personnages s’exprimer chacun leur tour, alternant à la fois les points de vue de Désirée et Benny. Les deux personnages ne communiquent donc pas ensemble et en harmonie. Chacun reste dans son coin, dans ses pensées et ses opinions.

 

D’autre part, dans le fond de l’histoire, on remarque tout de suite qu’aucun des deux ne cherche véritablement à connaitre son partenaire. Aucun des deux ne fait de compromis et souhaite imposer son mode de vie à l’autre.. Si chacun reste dans sa bulle, il est évident que cette histoire d’amour ne pourra jamais marcher !

 

Quand on sait au bout de 50 pages que cette histoire ne fonctionnera pas, ça va.. Mais au bout de 250 pages de non communication et non compromis, ben franchement, ça devient chiant !

 

Concernant le style de Katarina Mazetti, je peux vous dire que son roman se lit vraiment très facilement et je le conseille plutôt comme un roman à lire l’été à la plage pour se détendre, mais sans plus.

 

Par ailleurs, et sans vouloir dévoiler la fin de livre, je peux vous dire que la conclusion de cette histoire est tout ce qu’il y a de plus anti-romantique, anti-amour et anti-passionnel au possible.

 

Mais alors, me demanderez-vous, liras-tu la suite ? Vu que je déteste commencer une histoire sans la finir, il est fort possible que je me lance dans la suite et fin intitulée « le caveau de famille » (encore une histoire de cimetière), mais probablement cet été, et sans grande envie. On peut dire finalement que le mec de la tombe d’à côté aura visiblement creusé la mienne..

 

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Et pour finir, une petite citation : « C'est assez marrant, elle se trouve tout à fait quelconque. Moi, j'ignore totalement si elle est belle ou laide, ça n'a aucun intérêt, pourvu qu'elle reste comme elle est ».


Publié dans Littérature

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