L'amour dure trois ans de Frédéric Beigbeder

Publié le par mademoisellechristelle

l'amour dure trois ansL’histoire : Marc Marronnier est un chroniqueur mondain et un écrivain d’une trentaine d’années qui va connaitre une vie amoureuse plutôt chaotique, mais on ne peut plus banale de nos jours.

 

Plus jeune, il rencontre Anne. C’est le coup de foudre. Un coup de foudre instantané et partagé. Anne est comme ces princesses parfaites et gracieuses avec de longs cheveux blonds qu’on ne demande qu’à épouser (vous savez, les filles douées en amour !). Marc en tombe immédiatement amoureux et l’épouse peu de temps après. Précipité, me direz-vous ? Mais quand on s’aime, pourquoi attendre ? La stupidité passion n’attend pas !

 

La première année, entre Marc et Anne c’est l’amour fou, l’extase : un regard et on se comprend, on n’arrête pas de se toucher, de s’embrasser, de faire l’amour, de rire pour rien.. bref c’est une histoire d’amour comme dans les films au cinéma (quoi, comment ça, ça n’existe pas ?).

 

La deuxième année, les choses changent.. un peu. La passion se transforme en tendresse, mais on trouve ça normal. On se touche un peu moins, on s’embrasse un peu moins, on fait un peu moins l’amour, mais on trouve ça normal. Et puis, Marc prend peu à peu conscience qu’il y a de jolies filles qui passent dans la rue, mais il se retient de les regarder.

 

La troisième année, il ne se gêne plus pour regarder les jolies filles qui passent dans la rue. D’ailleurs, il le fait de plus en plus souvent. Il sort plus souvent aussi, le soir surtout, cela lui donne une excuse pour ne plus parler quand ils se retrouvent tous les deux. Puis vient l’instant où il ne supporte plus le contact avec Anne (le simple fait d’une main posée sur sa cuisse lui produit le même effet qu’un gant Mappa en train de le toucher).

 

Et puis, il y a une rencontre, une autre femme.. Alice. Ah.. Alice.. Et depuis, Alice, tout bascule..

 

frederic-beigbeder.jpgCe que j’en pense : je ne suis pas particulièrement fan de Frédéric Beigbeder mais il est vrai que j’avais beaucoup entendu parler de ce roman à l’époque où il a été adapté au cinéma. Alors, quand je l’ai vu, bien en évidence dans les rayons de la Fnac, je me suis dit : « pourquoi pas », mais sans plus de conviction.

 

Je dois avouer que j’y ai vraiment découvert une très belle plume. Le style de Beigbeder est concis, froid, cynique et avec un brin d’humour. Il m’a beaucoup plu. Beigbeder a su analyser et décortiquer la vie d’un couple atypique à la manière d’un chirurgien. C’est simple, précis et ça se lit vite. Mais je ne parle ici que de la forme.

 

Quant au fond, c’est une autre histoire.

 

Frédéric Beigbeder tente de convaincre son lecteur que l’amour (entendez par là le mariage) dure trois ans. Et pour cela, il a une théorie déjà bien élaborée.

 

Tout d’abord, il tente de démontrer que l’amour a une date de péremption grâce à des arguments scientifiques. Il paraitrait donc que nous serions tous scientifiquement programmés à aimer trois ans. C’est hormonal. Après trois ans, les hormones qui sécrètent les sentiments amoureux cessent d’agir, c’est foutu, on n’aime plus.

 

« Un moustique dure une journée, une rose trois jours. Un chat dure treize ans, l’amour trois. C’est comme ça. Il y a d’abord une année de passion, puis une année de tendresse et enfin une année d’ennui. La première année, on dit : Si tu me quittes, je me tue. La seconde année, on dit : Si tu me quittes, je souffrirai mais je m’en remettrai. La troisième année, on dit : Si tu me quittes, je sabre le Champagne ». 


Vous ne croyez pas à la théorie scientifique ? Qu’à cela ne tienne ! Beigbeder vous fait partager sa propre expérience et vous raconte comment et pourquoi l’amour dure trois ans. Et pour cela, il se sert de l’exemple de Marc et d’Anne.

 

A travers leur histoire, il va décortiquer et commenter les travers d’un couple « clé en main ». Il nous montre les pièges dans lesquels beaucoup de couples tombent et les illusions dans lesquels ils se bercent.. jusqu’à tomber dans le gouffre de l’indifférence.

 

 

«Notre génération est trop superficielle pour le mariage. On se marie comme on va au MacDo. Après, on zappe. Comment voudriez-vous qu’on reste toute sa vie avec la même personne dans la société du zapping généralisé ? Dans l’époque où les stars, les hommes politiques, les arts, les sexes, les religions n’ont jamais été aussi interchangeables ? Pourquoi le sentiment amoureux ferait-il exception à la schizophrénie générale ? » 

 

A ce sujet, je voudrais pousser un « coup de gueule » concernant le personnage de Marc Marronnier.

 

Marc Marronnier fait partie de cette génération que l’on appelle « génération Y ». Comme beaucoup d’hommes de sa génération, Marc est un homme plutôt lâche, qui préfère fuir les problèmes plutôt que de les affronter et trouver une solution (comme un homme, un vrai). Mais surtout, Marc est égoïste et terriblement égocentrique : il fait passer son désir avant celui des autres sans jamais penser aux conséquences de ses actes.

 

Il me rappelle un peu le personnage de Nicolas dans La jouissance de Florian Zeller (pour lire mon billet, c’est ici).

 

l-amour-dure-trois-ans-proust-bourgoin.jpgNon mais sérieusement, qu’est-ce que c’est que cette génération d’adulescents qui ne sont pas matures pour un sou, ne savent pas prendre leurs responsabilités, fuient à toute berzingue devant l’engagement et sont, selon la définition de Florian Zeller des jouisseurs, c’est-à-dire qu’ils ne pensent qu’à profiter de l’instant présent et font passer leur désirs avant ceux des autres ?

 

On voit d’ailleurs de plus en plus de bouquins traiter et décrypter les problèmes de couples que rencontre notre fameuse génération Y, et les personnages masculins ont toujours ce même visage d’adulescent qui refuse de se projeter dans l’avenir et d’affronter les problèmes, parce que c’est aussi une manière de vieillir.

 

Où sont les passés les hommes, les vrais ?

 

Pour ma part, je n’ai pas été totalement convaincue par les théories de Beigbeder mais peut c’est peut-être parce que je suis incroyablement optimiste et une incorrigible rêveuse en ce qui concerne l’amour.

 

Je conseillerais donc ce livre à tous les désabusés de l’amour ainsi qu’à tous ceux qui ont perdu foi en l’amour, après une grosse déception. Et en plus, il y a même une toute petite lueur d’espoir à la fin du livre.

 

 

« J’ai appris que pour être heureux, il faut avoir été très malheureux. Sans apprentissage de la douleur, le bonheur n’est pas solide. L’amour qui dure trois ans est celui qui n’a pas gravi de montagnes ou fréquenté les bas-fonds, celui qui est tombé du ciel tout cuit. L’amour ne dure que si chacun en connaît le prix, et il vaut mieux payer d’avance, sinon on risque de régler l’addition a posteriori. Nous n’avons pas été préparés au bonheur parce que nous n’avons pas été habitués au malheur. Nous avons grandi dans la religion du confort. Il faut savoir qui l’on est et qui l’on aime. Il faut être achevé pour vivre une histoire inachevée. »

 

Mais qu’il dure trois heures, trois jours, trois mois ou trois ans, l’amour, le plus compliqué des sentiments, restera l’un des principaux sujets de littérature et ce, à mon avis, pour toujours.

 

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Et pour finir, une petite citation : « Je pense à toi tout le temps. Je pense à toi le matin, en marchant dans le froid. Je fais exprès de marcher lentement pour pouvoir penser à toi plus longtemps. Je pense à toi le soir, quand tu me manques au milieu des fêtes, où je me saoule pour penser à autre chose qu'à toi, avec l'effet contraire. Je pense à toi quand je te vois et aussi quand je ne te vois pas. J'aimerais tant faire autre chose que penser à toi mais je n'y arrive pas. Si tu connais un truc pour t'oublier, fais le moi savoir. Je viens de passer le pire week-end de ma vie. Jamais personne ne m'a manqué comme ça. Sans toi, ma vie est une salle d'attente. Qu'y a-t-il de plus affreux qu'une salle d'attente d'hôpital, avec son éclairage au néon et le linoléum par terre? Est-ce humain de me faire ça? En plus, dans ma salle d'attente, je suis seul, il n'y a pas d'autres blessés graves avec du sang qui coule pour me rassurer, ni de magazines sur une table basse pour me distraire, ni de distributeurs de tickets numérotés pour espérer que mon attente prendra fin. J'ai très mal au ventre et personne ne me soigne. Etre amoureux c'est cela : un mal de ventre dont le seul remède, c'est toi. J'ignorais que ton prénom prendrait tant de place dans ma vie ».

 

 

Le film est plutôt fidèle au livre mais j’ai, pour ma part, adoré l’ajout du personnage de l’éditrice joué par Valerie Lemercier

 

Publié dans Littérature

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