La déposition de Pascale Robert-Diard

Publié le par mademoisellechristelle

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Ce que dit la quatrième de couv’ : « La loi dit que lorsqu’on est le père, la mère, le frère, la sœur, l’enfant ou le conjoint de l’auteur d’un crime, se taire n’est pas un délit pénal mais un conflit moral qu’il appartient à chacun de résoudre comme il peut ».

 

En avril 2014, Maurice Agnelet comparait une nouvelle fois aux assises pour le meurtre de sa maitresse, Agnès Le Roux, disparue en 1977. Coup de théâtre : après tant d’années à défendre son père, Guillaume Agnelet fait une déposition accablante. Qu’est ce qui l’a poussé à briser, devant la cour, le secret d‘une famille qui dure depuis plus de trente ans ? Pascale Robert-Diard, chroniqueuse judiciaire au Monde, a rencontré Guillaume et compose le théâtre intime d’une famille sous l’emprise du père.

Ce lundi 7 avril 2014, dans le TGV Paris-Rennes de 7h09, arrivée 9h12, j’étais heureuse comme un lundi d’assises. La veille, j’avais revu 1974, une partie de campagne, le film de Raymond Depardon consacré à la campagne présidentielle de Valéry Giscard d’Estaing. Je ne me lassais pas de l’image du candidat serré à l’arrière d’une voiture, domptant au peigne son unique mèche de cheveux qu’une brise maligne faisait faseyer. Autour de lui, la France était jeune, les garçons portaient des vestes cintrées et les seins nus pointaient sous le tee-shirt des filles. Elles ressemblaient toutes à Agnès Le Roux.

Ce que j’en pense : On se rappelle tous de l’affaire Maurice Agnelet. Cet avocat niçois soupçonné d’avoir assassiné sa maitresse, Agnès Leroux, afin de mettre la main sur son argent. On se souvient aussi de ses deux fils, Guillaume et Thomas Agnelet, qui se sont battus aux côtés de leur père pour prouver son innocence.

 

Mais ce qui a marqué l’histoire, c’est le revirement du fils aîné, Guillaume Agnelet, qui a choisi contre toute attente de témoigner contre son père après plusieurs années de combat à ses côtés. Quelques années plus tôt, Maurice Agnelet a avoué sa culpabilité à son fils à demi-mot (« Tant qu'ils ne trouvent pas le corps, je suis tranquille. Et moi, le corps, je sais où il est ») tandis que sa mère lui expliquait « qui était réellement son père ». Et c’est ce qu’il a choisi de confier à la Cour…

 

En quelques lignes adressées au Procureur, Guillaume Agnelet va faire voler en éclats une famille déjà fragilisée par une saga judiciaire suivie par des millions de français.

 

Mais toutes les vérités sont-elles vraiment bonnes à dire ?

J'ai souhaité vous rencontrer pour vous faire part de mon cas de conscience lié au procès de mon père. Je suis convaincu qu'il est bien le meurtrier d'Agnès le Roux. J'en suis arrivé à cette conclusion à la suite des révélations que m'ont faîtes à la fois mon père et ma mère. [..] La démarche que je fais aujourd'hui après de vous me coûte énormément. Je sais que ce témoignage va sceller la rupture avec ma famille, c'est-à-dire avec ma mère et mon frère. Je crains également la réaction de mon père qui, d'un moyen ou d'un autre, cherchera probablement à se venger. Je suis prêt à venir témoigner devant la cour d'assises de Rennes dans les jours qui viennent.

Qu’est-ce qui pousse un fils aimant à briser un secret de famille et en sceller à jamais le sort ? Pourquoi Guillaume Agnelet a-t-il soudainement ressenti le besoin de prendre ses responsabilités d’ainé et de déposer contre son père après trente ans à ses côtés ?

 

« La vérité tue plus que le mensonge. », va-t-il déclarer à la barre.

 

Nous découvrons alors une famille clairement sous l’influence d’un père manipulateur, à la fois admiré et détesté. Plus jeune, Guillaume admire son père : son charisme et son aisance naturelle. Lorsque ses parents se séparent, il demande même à vivre avec son père, ce que sa mère ne lui pardonnera jamais.

 

Adulte, Guillaume doute. Sa personnalité se construit. Elle se construit autour du procès de son père, qui devient le centre de sa vie. Fort des confessions de Maurice Agnelet et écrasé par le poids de la vérité et de la culpabilité de son père, Guillaume espère que sa famille ouvrira les yeux comme lui l’a fait et qu’elle le soutiendra dans sa démarche. Mais en vain.

 

Il est celui qui aura fait la déposition qui changera le cours du procès et sans doute l’intime conviction des jurés.

Pascale Robert Diard est chroniqueuse judiciaire pour le journal Le Monde. Elle a suivi toute l’affaire Agnelet devant les assises et a rencontré Guillaume Agnelet afin de comprendre son geste.

 

Sa retranscription de cette affaire est intense, haletante, stupéfiante. Le roman se lit d’une traite. Bravo, c’est une réussite !

 

Ma note : 4/5

 

Publié dans Littérature

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S
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