Chanson douce de Leïla Slimani

Publié le par mademoisellechristelle

 

Ce que dit la quatrième de couv’ : Lorsque Myriam, mère de deux jeunes enfants, décide malgré les réticences de son mari de reprendre son activité au sein d'un cabinet d'avocats, le couple se met à la recherche d'une nounou. Après un casting sévère, ils engagent Louise, qui conquiert très vite l'affection des enfants et occupe progressivement une place centrale dans le foyer. Peu à peu le piège de la dépendance mutuelle va se refermer, jusqu'au drame.


À travers la description précise du jeune couple et celle du personnage fascinant et mystérieux de la nounou, c'est notre époque qui se révèle, avec sa conception de l'amour et de l'éducation, des rapports de domination et d'argent, des préjugés de classe ou de culture.

 

Le style sec et tranchant de Leïla Slimani, où percent des éclats de poésie ténébreuse, instaure dès les premières pages un suspense envoûtant.

Le bébé est mort. Il a suffi de quelques secondes. Le médecin a assuré qu’il n’avait pas souffert. On l’a couché dans une housse grise et on a fait glisser la fermeture éclair sur le corps désarticulé qui flottait au milieu des jouets. La petite, elle était encore vivante quand les secours sont arrivés. Elle s’est battue comme un fauve. On a retrouvé des traces de lutte, des morceaux de peau sous ses ongles mous. Dans l’ambulance qui la transportait à l’hôpital, elle était agitée, secouée de convulsions. Les yeux exorbités, elle semblait chercher de l’air. Sa gorge s’était remplie de sang. Ses poumons étaient perforés et sa tête avait violemment heurté la commode bleue.

Ce que j’en pense : Que dire de plus que ce qui a déjà été dit depuis deux ans que ce livre est paru ?

 

« Chanson douce » c’est un suspens à l’envers : on commence par la fin et on déroule ensuite l’histoire. Et quelle histoire ! Les premiers mots vous glacent le sang. Le cri de la mère qui découvre ses enfants est resté dans ma tête. Non seulement ce cri m’a transpercé les tympans, mais il m’a également transpercé le cœur et tordu les intestins.

En entrant dans la chambre où gisaient ses enfants, elle a poussé un cri, un cri des profondeurs, un hurlement de louve. Les murs en ont tremblé. La nuit s’est abattue sur cette journée de mai. Elle a vomi et la police l’a découverte ainsi, ses vêtements souillés, accroupie dans sa chambre, hoquetant comme une forcenée. Elle a hurlé à s’en déchirer les poumons. L’ambulancier a fait un signe discret de la tête, ils l’ont relevée, malgré sa résistance, ses coups de pied.

Faire garder son enfant, c’est quelque chose de bouleversant pour une mère. On confie tout de même la prunelle de ses yeux à un(e) inconnu(e) ! Et que dire du lien entre la mère et la nounou qui la substitue la journée. Je déconseille donc ce livre aux trentenaires qui songent à faire garder leur enfant par une nounou !

 

Les personnages sont complètement dans l’ère du temps. Il s’agit d’un couple de trentenaires bobos parisiens, tous deux ambitieux, pour qui la vie est devenue une succession de tâches, d’engagements et de rendez-vous à ne pas manquer. Ce sont ces couples qui passent leur vie à courir, qui n’ont le temps de rien, et qui considèrent leur mode de vie comme un signe de réussite.

Et puis il y a la nounou, qui vit dans un autre monde : un monde où l’argent est un problème car il fait défaut, un monde où l’on doit se contenter de peu, des restes, voire du médiocre, un monde que ne voit pas (ou refuse de voir) notre couple de bobos car il est peu habitué à se mélanger avec des gens de condition sociale inférieure à la leur.

 

Leïla Slimani raconte tout en subtilité la confrontation entre ces deux mondes et les tensions qui peuvent en résulter. C’est sociologiquement très intéressant et tellement révélateur du monde moderne.

Ce livre est un coup de cœur pour moi : Leïla Slimani a vrai talent d’écriture, elle nous tient en haleine, manipule nos émotions, elle nous donne un rôle dans cette histoire où le lecteur connait la fin avant les personnages. Alors on tourne frénétiquement les pages pour savoir la suite, pour trouver une réponse à nos questions et comprendre pourquoi…

 

Au fur et à mesure de ma lecture, je me suis dit que ce livre aurait pu faire un excellent film. Ça tombe bien, j’ai appris qu’un tournage était en cours avec à l’affiche Leïla Bekhti et Karine Viard. Vite, vite, j’ai hâte !

 

Ma note : 4/5

 

Publié dans Littérature

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