Licorne de Nora Sandor

Publié le par mademoisellechristelle

 

Ce que dit la quatrième de couv’ : La vie de Maëla, vingt ans, s'écoule au rythme des réseaux sociaux. Quand elle ne s'ennuie pas sur les bancs de l'université ou à la caisse du supermarché qui l'emploie, elle passe l'essentiel de son temps dans un monde rêvé. Elle est fascinée en particulier par un rappeur qui joue de son succès pour créer une mystérieuse identité virtuelle, et se met en scène accompagné de son ours des Carpates, Baloo.

 

À son tour, Maëla commence à espérer une existence offerte à la curiosité des autres, qui la tirerait de l'anonymat. Tout s'accélère le jour où, à sa grande surprise, elle remporte un concours sur les réseaux pour participer au prochain clip du rappeur. Alors que des milliers de nouveaux followers assaillent le compte de la jeune inconnue, sa vie bascule enfin.

 

Ce tableau de la modernité virtuelle prend peu à peu l'aspect d'un cauchemar mélancolique sur lequel plane l'ombre gigantesque de l'ours des Carpates. Le récit flotte dans une ambiance crépusculaire, accentuée par une écriture sinueuse, moderne et envoûtante. Un roman à l'humour étrange et prenant, à la fois plein de poésie et de tristesse métaphysique.

La neige était tombée sur la ville, et Maëla pensait que l’océan avait gelé peut-être. Elle savait que ce n’était pas possible, mais cela ne l’empêchait pas tout à fait de croire que ça s’était passé. Les routes étaient verglacées ; les bus ne circulaient pas. Elle ne serait pas arrivée en voiture jusqu’à Larmor-Plage – « tout est possible si t’y crois assez fort », savait-elle d’Instagram, et ces vérités générales, écrites en lettres roses d’un compte à un autre, s’étaient épandues dans ce qu’elle percevait du monde. Pendant la journée, l’image de l’océan glacé comme une grande patinoire lui revint sans qu’elle sache si elle l’apaisait ou l’inquiétait. Elle s’imaginait le silence.

Ce que j’en pense : Vous aussi, vous êtes fan des citations que l’on trouve sur Instagram ? « Le plus grand échec est de ne pas avoir le courage d’oser » ; « La vie est faite de détails, mais un détail peut changer une vie » ; « Le bonheur c’est de savoir ce que l’on veut et de le vouloir passionnément ».

 

Quand je les lis, j’ai l’impression que tout est possible, qu’il suffit juste d’y croire… Et pourtant, même si j’y crois, j’ai parfois l’impression qu’il s’agit d’une utopie…

 

Ce genre de message est martelé dans la tête des jeunes générations d’aujourd’hui, comme Maëla, 20 ans, héroïne de « Licorne ». Si sa mère la rêve en institutrice, Maëla, quant à elle, a de toutes autres ambitions… Son but ? Réussir sur Instagram, même si elle-même ne sait pas trop ce que cela veut dire et implique. Maëla passe ses journées à actualiser son compte Instagram à la recherche de nouveaux likes, ou à contempler les comptes d’influenceuses comme Bellebeauté, qu’elle trouve parfaite, ou d’un rappeur pour qui elle voue un véritable culte. Pour Maëla, la vie d’influenceuse est une vie facile, un monde enchanté rempli de paillettes. Alors imaginez sa réaction lorsque la notoriété tant attendue finit par lui tomber dessus un jour, par hasard !

 

Maëla confondra alors virtuel et réel, like et estime, amour et viol. Elle n’aura plus aucun discernement : plus rien ne compte à sa communauté, ses « licornes », comme elle les appelle.

Or, les likes ne sont pas de l’amour et ne peuvent combler le vide d’une existence dont les fondements ne sont pas aboutis : la famille, l’amitié, le travail, l’amour dans ce qu’il a de plus intime.

 

J’ai vraiment beaucoup aimé cette lecture, car elle est très générationnelle et percutante. Nora Sandor ne se gêne pas pour nous bousculer afin de nous alerter sur les dangers du monde virtuel, véritable miroir aux alouettes. Elle attire également notre attention sur ses nouvelles « start-up » qui pullulent aujourd’hui et qui sont tournées autour d’une seule personne, dérive narcissique d’une génération aveuglée par un monde virtuel fantasmé.

 

Qui m’aime, me suive…

 

Ma note : 3/5

 

Publié dans Littérature

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