Jolis jolis monstres de Julien Dufresne Lamy

Publié le par mademoisellechristelle

 

Ce que dit la quatrième de couv’ : Certains disent qu'on est des monstres, des fous à électrocuter.

Nous sommes des centaures, des licornes, des chimères à tête de femme.

Les plus jolis monstres du monde.

 

Au début des années sida, James est l'une des plus belles drag-queens de New York. La légende des bals, la reine des cabarets, l'amie fidèle des club kids et des stars underground. Quand trente ans plus tard il devient le mentor de Victor, un jeune père de famille à l'humour corrosif, James comprend que le monde et les mentalités ont changé.

 

Sur trois décennies, Jolis jolis monstres aborde avec finesse et fantaisie la culture drag, le voguing et la scène ballroom dans un grand théâtre du genre et de l'identité. Au cœur d'une Amérique toujours plus fermée et idéologique, ce roman tendre mais bruyant est une ode à la beauté, à la fête et à la différence. Une prise de parole essentielle.

- James, magne-toi.

Mes paupières se décollent telles deux araignées géantes luttant en plein Harlem.

- Il est dix-sept heures. T’es en retard pour le taf !

J’entends des vibrations. Des mouvements d’ailes. La voix caverneuse de Lauren me poignarde.

- Allez, réveille-toi, tu t’es encore endormi dans la baignoire !

Ce que j’en pense : Mesdames, Mesdemoiselles (et aussi Messieurs), bienvenues dans l’univers fantasque et fantastique des drag-queens… Certains les considèrent comme des monstres, d’autres au contraire les considèrent comme les plus jolies créatures qui existent.

 

Pour ma part, je trouve que les drag-queens ont quelque chose de fascinant… Primo, je ne peux qu’être admirative face à un être humain capable de défiler avec glamour sur des talons plus de 12 cm. Ensuite, je trouve le fait de se travestir tellement courageux : il s’agit d’une façon de se montrer tels qu’ils sont réellement, de s’accepter et de s’assumer. Et pour en quelque « se mettre à nu » devant tout le monde, je ne peux qu’applaudir des deux mains !

 

«  Jolis jolis monstres » raconte la culture des drag-queens des années 80 à nos jours, à travers l’histoire de deux personnages : Lady Prudence, un afro-américain célèbre drag-queen des années 80, et Victor, un latino-américain ex-gangster et père de famille vivant de nos jours.

 

Le lecteur découvre tout un univers avec son histoire, ses codes, ses blessures (l’apparition du sida, les agressions homophobes etc). J’y ai découvert pour ma part la tradition des bals et le voguing, une danse qui consiste à reproduire les poses de mannequin de façon chorégraphiée.

Et pour votre intronisation dans le monde de la nuit, il n’est d’ailleurs pas impossible que vous croisiez des personnages comme Madonna, Keith Haring, David Bowie ou RuPaul en train de faire la fête dans les endroits les plus branchés de New-York. Strike a pose.

 

Julien Dufresne-Lamy explore avec beaucoup de tendresse et d’humanité le monde des drag-queens.  J’ai été fascinée par cet univers plein d’extravagance, de volupté et de paillettes mais aussi très touchée par la détresse émotionnelle que peuvent éprouver certaines drags et la précarité qui accompagnent parfois leur existence.

 

C’est un très bel hommage que leur rend l’auteur, d’autant plus que certaines drags évoquées dans le roman ont réellement existé : elles sont en photos à la fin du livre et on les voit également à l’affiche du film « Paris is burning » (disponible sur Netflix). J’ai été touchée en plein cœur émotionnellement et littérairement parlant. Bravo ! Look around, everywhere you turn is heartache… It's everywhere that you go (look around)…You try everything you can to escape…The pain of life that you know (life that you know)…

 

Ma note : 3,75/5

Publié dans Littérature

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article