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Avec toutes mes sympathies d'Olivia de Lamberterie

Publié le par mademoisellechristelle

 

Ce que dit la quatrième de couv’ : « Les mots des autres m’ont nourrie, portée, infusé leur énergie et leurs émotions. Jusqu’à la mort de mon frère, le 14 octobre 2015 à Montréal, je ne voyais pas la nécessité d’écrire. Le suicide d’Alex m’a transpercée de chagrin, m’a mise aussi dans une colère folle. Parce qu’un suicide, c’est la double peine, la violence de la disparition génère un silence gêné qui prend toute la place, empêchant même de se souvenir des jours heureux.

Moi, je ne voulais pas me taire.

Alex était un être flamboyant, il a eu une existence belle, pleine, passionnante, aimante et aimée. Il s’est battu contre la mélancolie, elle a gagné. Raconter son courage, dire le bonheur que j’ai eu de l’avoir comme frère, m’a semblé vital. Je ne voulais ni faire mon deuil ni céder à la désolation. Je désirais inventer une manière joyeuse d’être triste.

Les morts peuvent nous rendre plus libres, plus vivants. »

Paris, automne 2015

J’ai perdu mon frère. Cette expression me semble la plus juste pour parler de toi aujourd’hui. Où vont les morts ? Un matin recouvert d’une fine pellicule de tristesse, j’allume mon ordinateur, à ELLE où je suis journaliste, afin de lire mes mails et ces mots apparaissent en gros caractères sur mon écran : « Découvrez le nouveau poste d’Alexandre de Lamberterie. »

Ce que j’en pense : Chère Olivia,

 

Comme je suis contente que, guidée sans doute par une lumière céleste, vous ayez pris votre plume et que vous nous ayez ouvert le chemin de votre cœur ; ce cœur, si rempli d'amour pour votre famille, et en particulier pour votre frère, cet être flamboyant et passionné, parti bien trop tôt. Mon cœur à moi, il a été touché de plein fouet.

 

J'ai eu du mal à retenir mes larmes parfois ; d'autres fois, j'oubliais où j'étais, trop absorbée par votre récit où les mots sonnent juste, où l'amour est entier et se vit pleinement, où les morts vous rendent vivant.

De temps à autre, j'ai ressenti également votre sentiment d'injustice et d'impuissance. En effet, comment ne pas être en colère quand on vous assomme de "ça va aller..." alors que non, "ça ne va pas passer..." et comment lutter face à une maladie qui grignote chaque jour un peu plus l'envie de vivre, et qui conduit au pire : le suicide.

 

Il faut une sacrée paire de c....  du courage pour vous livrer comme vous l'avez fait. Même si vous cachez votre cape, vous êtes mon héroïne. D'ailleurs, où qu'il soit, je pense que votre frère doit être fier de vous et peut-être même qu'il parade, votre livre à la main, le sourire aux lèvres. Je penserai d'ailleurs à vous la prochaine fois que je verrai un corbeau irradier de bonheur et marcher fièrement.

 

Enfin, pour terminer, si vous le permettez, je vais vous demander une faveur... Chère Olivia, ma plus grande envie en refermant votre livre a été de vous serrer fort dans mes bras. Je vous propose câlin virtuel certes, mais sincère. Puis-je ?

 

Bien à vous,

Mademoiselle Christelle

 

Ma note : 4,5/5

 

J’écris pour chérir mon frère mort. J’écris pour imprimer sur une page blanche son sourire lumineux et son dernier cri. Pour dire ce crime dont il est à la fois la victime et le coupable. A moins que nous ne soyons tous coupables, nous qui n’avons pas su l’empêcher, ou tous victimes, nous qui ne vivrons plus qu’à demi. Mais je ne crois pas qu’on empêche les gars de son espèce désespérée de se suicider. Est-ce un service à leur rendre ? C’est une vraie putain de question.

Publié dans Littérature

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Le Baiser de Sophie Brocas

Publié le par mademoisellechristelle

 

Ce que dit la quatrième de couv’ : Camille a toujours exercé son métier d'avocate avec sérieux, mais sans grande passion. Jusqu'au jour où on lui confie une affaire inhabituelle : identifier le propriétaire d'une sculpture de Brancusi, Le Baiser, scellée sur la tombe d'une inconnue au cimetière du Montparnasse. Pour déterminer à qui appartient cette oeuvre, il lui faudra suivre la destinée d'une jeune exilée russe qui a trouvé refuge à Paris en 1910. En rupture avec sa famille, Tania s'est liée à l'avant-garde artistique et a fait la rencontre d'un sculpteur roumain, Constantin Brancusi. Avec lui elle découvre la vie de bohème. Cent ans plus tard, élucider les raisons de sa mort devient pour Camille un combat personnel : rendre sa dignité à une femme libre, injustement mise au ban de la société.

Hassan l’avait déposée à côté de la place François Ier, que bloquait un camion-poubelle de la Ville de Paris. Elle avait dépassé l’engin de son grand pas décidé en évitant de respirer à plein nez le diesel et le remugle de la pourriture organique que l’on y déversait.

Ce que j’en pense : Paris, 1910. Tatiana est une jeune aristocrate russe qui séjourne chez sa tante afin d'y suivre des études de médecine. Tatiana est éprise de liberté et refuse le destin de femme lié à sa condition sociale. Elle rencontre Constantin Brancusi, un sculpteur roumain dont elle tombera follement amoureuse. Elle deviendra sa muse, il lui fera découvrir la vie de bohème.

Paris, de nos jours. Camille est une avocate spécialisée en droit de la propriété intellectuelle. Le Directeur des cimetières de la ville de Paris la saisit car un mystérieux marchand d'art veut s'emparer de la sculpture qui orne la tombe de Tatiana au cimetière de Montparnasse. Il s'agit du "Baiser", sculpté par Brancusi. Camille va alors mener une véritable enquête policière afin de savoir qui veut s'emparer de cette oeuvre et pourquoi elle a été scellée sur la tombe de Tatiana.

 

"Le baiser" fut une lecture agréable même si je n'ai pas accroché à la fin que j'ai trouvé un peu simple. Il s'agit d'un livre à deux voix, où la grande Histoire se mêle à la petite, et où la réalité se mêle à la fiction. En effet, il existe bel et bien une bataille juridique que se livrent l'Etat français et les descendants de Tatiana qui souhaitent récupérer la fameuse sculpture. Petit détail : Brancusi est aujourd'hui l'un des sculpteurs les plus chers de l'histoire. Le baiser vaut aujourd'hui des millions sur le marché de l'art. Pas étonnant qu'elle suscite autant d'intérêt !

 

Sophie Brocas nous propose une version romancée presque édulcorée de cette histoire. Le ton est parfois un peu naïf, mais il va bien avec le personnage de Tatiana. Au-delà de la dimension romanesque, elle nous fait nous interroger sur ce qu'est une œuvre d'art et sa valeur marchande (ou non).

 

Ma note : 2,5/5

tous les livres sur Babelio.com

Publié dans Littérature

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Sorcières de Mona Chollet

Publié le par mademoisellechristelle

 

 

Ce que dit la quatrième de couv’ : Qu'elles vendent des grimoires sur Etsy, postent des photos de leur autel orné de cristaux sur Instagram ou se rassemblent pour jeter des sorts à Donald Trump, les sorcières sont partout. Davantage encore que leurs aînées des 1970, les féministes actuelles semblent hantées par cette figure. La sorcière est à la fois la victime absolue, celle pour qui on réclame justice, et la rebelle obstinée, insaisissable. Mais qui étaient au juste celles qui, dans l'Europe de la Renaissance, ont été accusées de sorcellerie ? Quels types de femme ces siècles de terreur ont-ils censurés, éliminés, réprimés ? Ce livre en explore trois et examine ce qu'il en reste aujourd'hui, dans nos préjugés et nos représentations : la femme indépendante - puisque les veuves et les célibataires furent particulièrement visées ; la femme sans enfant – puisque l’époque des chasses a marqué la fin de la tolérance pour celles qui prétendaient contrôler leur fécondité ; et la femme âgée – devenue, et restée depuis, un objet d’horreur. Enfin, il sera aussi question de la vision du monde que la traque des sorcières a servi à promouvoir, du rapport guerrier qui s’est développé alors tant à l’égard des femmes que de la nature : une double malédiction qui reste à lever.

« Bonjour Gloria, je suis si heureuse d’avoir enfin l’occasion de vous parler… »
Ce jour de mars 1990, sur CNN, Larry King reçoit Gloria Steinem, monstre sacré du féminisme aux Etats-Unis. Une téléspectatrice appelle de Cleveland, Ohio. La voix est douce et on présume qu’il s’agit d’une admiratrice. Mais, très vite, on comprend qu’on s’est trompé. « Je pense que votre mouvement a été un échec complet, accuse la voix suave. Je pense que vous êtes l’une des causes principales du déclin de notre belle famille et de notre belle société américaine. Quelques questions : j’aimerais savoir si vous êtes mariée ? et si vous avez eu des enfants ?... »

Ce que j’en pense : Dans l’inconscient collectif, on se représente les sorcières comme des vieilles dames moches et méchantes avec un nez crochu et un rire diabolique. Les sorcières du 21ème siècle ressemblent à vous et moi, mais ont des caractéristiques communes avec leurs homologues passées.

 

Mona Chollet en identifie trois catégories : les femmes indépendantes (comprendre qui ne vivent pas sous la tutelle d’un mari), les femmes qui ne désirent pas d’enfants et les femmes âgées. En somme, ce sont des femmes qui ont perdu le droit d’être femme car elles ne répondent pas aux critères modernes de la féminité.

Et si au contraire, en s’affranchissant des injonctions faites aux femmes (on retrouve déjà ce thème dans le premier essai de Mona Chollet, Beauté Fatale), ces femmes étaient en phase avec elles-mêmes et acquéraient une sorte de pouvoir (« la puissance invaincue des femmes », sous-titre du livre) ?

 

J’ai adoré l’introduction extrêmement bien documentée qui rétablit des vérités sur les chasses aux sorcières à la Renaissance. Ainsi, ont pu être jetées au bûcher des femmes célibataires, qui ont avorté ou encore celles qui étaient ménopausées. Ces sorcières étaient surtout des femmes qui faisaient peur aux hommes et jugées par un tribunal masculin.

Mona Chollet a fait preuve d’un extraordinaire travail de recherches pour l’écriture de « Sorcières » qui met en lumière ces femmes qui ont un chemin de vie difficile, parce qu’elles ont fait un choix différent des « bien-pensants » et qu’elles l’assument. J’ai été un peu moins emballée par la fin du bouquin car j’ai trouvé que l’on tournait un peu en rond.

 

En ce qui me concerne, j’ai 37 ans, je suis célibataire sans enfants (et sans chat), j’ai une sciatique, le cheveu hirsute et parfois blanc… Fichtre, je suis moi aussi une sorcière ! Bon ben, je vous laisse… j’ai un bûcher qui m’attend !

 

Ma note : 3/5

 

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Liker c'est tromper ?

Publié le par mademoisellechristelle

 

Parmi les milliers de discussions des apéros entre copines, deux amies m'ont rapporté la même histoire en deux semaines. En ce moment, "Je sors avec un mec..." ou "Je drague un mec" mais il n'arrête pas de liker sur les réseaux sociaux les photos des filles qui ont des fesses et des seins comme des boules de billard. Est-ce que ça veut dire quelque chose ? 

 

En somme : est-ce que liker c'est tromper ? Deux fois que l'on me pose la question : cela méritait bien un petit billet... 

 

On peut tout d'abord penser que l'homme a la gâchette facile : une sorte de Lucky Luke du like. Il like tout ce qui bouge, et plus vite que son ombre. Bon, à y regarder de plus près, il like plus les photos d'Emily Ratajkowski (vous croyez que si un mec prononce son nom du premier coup, il peut coucher avec elle ?) que les photos de tata Jeanine au zoo de Beauval.

 

Certes, mais encore...

 

Puisque les réseaux sociaux font partie intégrante de notre vie : liker, c'est quoi ? Liker c'est l'équivalent de mater dans la vraie vie. Si le fait que ton mec mate d'autres femmes en ton absence et que tu lui fais confiance parce que tu sais que ces images n'ont aucune interaction avec sa vraie vie, alors liker n'est pas tromper. En revanche, si tu ne supportes pas que ton homme regarde d'autres femmes que toi car tu te sens en danger, alors là oui, liker c'est tromper et tu ferais mieux d'oublier ce serial likeur. 

 

En ce qui me concerne liker une fois n'est pas tromper. En revanche : 

 

  • liker tous les jours est suspect
  • liker tous les jours plusieurs fois par jour sent mauvais
  • commenter c'est tromper (si c'est un commentaire coeur, alors là, tu dégages de ma vie)

 

Et vous, qu'en pensez-vous ?

 

 

 

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Dura Lex de Bruce DeSilva

Publié le par mademoisellechristelle

 

 

Ce que dit la quatrième de couv’ : À la fin des années 1980, Kwame Diggs, le plus jeune tueur en série de l’histoire, a sauvagement assassiné deux femmes et trois petites filles avec des couteaux de cuisine avant même d’être en âge de conduire. Lors de son arres­tation, il y a dix-huit ans, le Code pénal de Rhode Island prévoyait que tout délinquant juvénile, quel que soit son crime, soit libéré à vingt et un ans.

 

Il devrait donc être sorti de prison depuis des années mais il est toujours derrière les barreaux, à cause de condamnations supplémentaires pour possession de drogue et agression de deux gardiens. Le fait que ces accusations soient montées de toutes pièces est un secret de Polichinelle, mais ça ne gêne personne, et surtout pas Mulligan, qui avait enquêté pour le Dispatch à l’époque des faits et qui redoute d’autres meurtres si le tueur est re­mis en liberté.

La direction du journal, en revanche, n’est pas du même avis : si l’administration n’est pas inquiétée pour ce coup monté contre un tueur, elle pourra se per­mettre le même type d’agissements avec n’importe qui.

 

Peut-on prendre des libertés avec la loi au nom de la sécurité ? C’est autour de ce dilemme éthique que le journal, et l’opinion, se déchirent. Mulligan, de son côté, reprend ses investigations et se lance dans une course contre la montre pour maintenir le criminel en détention. Parce que si le meurtrier est relâché, partisans du droit et défenseurs de l’éthique risquent de se retrouver dans le même camp : celui des proies

Mai 1989

L’enfant tient le bocal à la lumière et examine ce qui grouille à l’intérieur. Les antennes qui frémissent, les pattes qui s’agitent, les yeux à facettes, les ailes transparentes repliées contre les abdomens verts et segmentés. Il y en a plein dans les herbes hautes derrière sa maison. Il a passé la moitié de la matinée à les traquer parmi les tiges de panic érigé, à saisir ces petits morceaux de vie dans ses mains puissantes.

Ce que j’en pense : Dura Lex. Rassurez-vous, ce n'est pas une histoire de vaisselle mais plutôt un polar qui nous fait comprendre que le droit et la morale sont parfois incompatibles...

 

A la fin des années 1980, Kwame Diggs a 18 ans lorsqu'il se fait arrêter pour des crimes commis alors qu'il en avait 16. Et pas n'importe quel crime. Kwame a poignardé sauvagement deux femmes et trois fillettes avec des couteaux de cuisine. Des scènes de crimes à vous faire froid dans le dos et cauchemarder la nuit. Petit détail : à l'époque, le code pénal de Rhode Island prévoyait qu'un mineur pouvait être libéré à l'âge de vingt et un ans, quel que soit son crime. Il ne restait donc à Kwame que trois ans à purger après son arrestation.

 

Cette spécificité législative n'étant pas du goût de tout le monde, l'établissement pénitentiaire dans lequel il séjournait s'est attaché à lui imputer de fausses infractions afin de le maintenir en prison le plus longtemps possible. La version de Kwame ? L'Etat cherche à le maintenir en prison parce qu'il est noir. L'explication de l'Etat ? L'Etat cherche à protéger ses citoyens d'un dangereux criminel et prédateur sexuel qui pourrait récidiver si on le laissait sortir

Lorsque les personnes qui ont juré de faire respecter la loi s’associent dans le but de l’enfreindre, quelle que soit la cause qu’elles défendent, elles sapent les principes mêmes sur lesquels repose notre système judiciaire. De tels actes, dignes d’un Etat policier, sentent le despotisme à plein nez et ne peuvent être tolérés dans une société démocratique.

Ce livre pose deux questions éthiques : 1) peut-on faire justice soi-même ? 2) doit-on obéir aux lois et libérer un criminel dont on sait qu'il recommencera à coup sûr ? 

 

Que faire lorsque la loi impose une conduite que la morale réprouverait ? Selon Bruce DeSilva, même si l'éthique est à prendre en compte, on ne juge qu'avec des faits objectifs et incontestables. C'est ce qui garantit l'équité d'un procès. En somme, est-ce que tu libères un homme encore plus coupable que Marc Dutroux et Guy George réunis si la loi te le commande ?

 

Je suis plutôt du même avis que l'auteur à savoir que l'objectivité garantit l'équité et qu'il est important d'avoir tous les éléments d'un dossier avant de le juger. Mais bon sang, comme je n'aimerais pas être à la place de celui qui devra prendre une telle décision !
 
J'ai apprécié cette lecture mais elle n'est pas un coup de cœur pour moi. 
 
L'histoire traîne en longueur et est parsemée de petits détails inutiles. Le lecteur est plongé dans une ambiance très "américaine" : les noms des personnages (Mulligan, Mason, Jennings) ressemblent à des noms de personnages de mauvaises séries télé (on se croirait dans "Walker Texas Ranger") ; un journaliste sportif (ex champion universitaire) qui aide à résoudre un meurtre... sont autant d'indices de mauvais goût (sans doute le goût de la bière, que l'on consomme environ toutes les 4 pages, tel un signe de virilité) qui ne m'ont pas franchement séduits 
 
Les fans de polar apprécieront sans doute mais je n'ai pas été emporté par ce livre. Dommage.
 

Ma note : 3/5

Publié dans Littérature

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Dans le jardin de l'ogre de Leïla Slimani

Publié le par mademoisellechristelle

Ce que dit la quatrième de couv’ : « Une semaine qu’elle tient. Une semaine qu’elle n’a pas cédé. Mais cette nuit, elle en a rêvé et n’a pas pu se rendormir. Un rêve moite, interminable, qui s’est introduit en elle comme un souffle d’air chaud. Adèle ne peut plus penser qu’à ça. »

 

Adèle semble heureuse avec Richard, le médecin qu’elle a épousé. Pourtant, elle ne peut s’empêcher de collectionner les conquêtes. Dans le jardin de l’ogre est l’histoire d’un corps esclave de ses pulsions que rien ne rassasie. Un roman féroce et viscéral sur l’addiction sexuelle et ses implacables conséquences.

Une semaine qu’elle tient. Une semaine qu’elle n’a pas cédé. Adèle a été sage. En quatre jours, elle a couru trente-deux kilomètres. Elle est allée de Pigalle aux Champs-Elysées, du musée d’Orsay à Bercy. Elle a couru le matin sur les quais déserts. La nuit, sur le boulevard Rochechouart et la place de Clichy. Elle n’a pas bu d’alcool et elle s’est couchée tôt.

Ce que j’en pense : Dans la catégorie "livre de meufs", je demande "Dans le jardin de l'ogre". Leïla Slimani y aborde un sujet assez peu évoqué en littérature : l'addiction sexuelle féminine. Mais je ne parle pas du sexe pour le plaisir, je parle d'une addiction subie : une vraie souffrance qui ronge Adèle, nymphomane et héroïne du roman.  "C'est plus fort que moi", rétorque-t-elle pour se défendre. Elle cherche compulsivement un numéro dans le téléphone à clapet dédié à ses fantasmes, les moments de baise sont effrénés, elle ne veut pas réfléchir, elle en a besoin, vite, maintenant, même 10 minutes adossée à une poubelle avec un inconnu rencontré dans une expo feront l'affaire.

 

Le désir, les pulsions, la dépendance sont le sujet de ce roman. Comme dans "Chanson douce", l'écriture de Leïla Slimani est froide, chirurgicale. Le lecteur n'éprouve aucune compassion pour Adèle dont on a du mal à comprendre les agissements. Adèle a 35 ans et mène une double vie : côté pile, elle est journaliste, mariée et mère d'un petit Lucien ; côté face, elle séduit des hommes : ses collègues, ceux de son mari, des amants rencontrés via internet, des prostitués, peu importe...Plus on avance dans le roman, plus on comprend qu'Adèle cherche à s'autodétruire à travers son rapport au sexe. Pourra-t-elle échapper éternellement à ses démons ?

 

J'ai adoré cette lecture qui expose un sujet tabou au grand public. La double personnalité d'Adèle résonne pour moi comme la double personnalité que l'on attend d'une femme : mi-pute, mi-soumise. Le récit est haletant, prenant, c'est vraiment écrit avec talent. Petit bémol tout de même pour la fin qui n’en est pas une. J'avais adoré "Chanson douce", j'ai été addict à "Dans le jardin de l'ogre". Leïla Slimani fait partie de ses talents de l'écriture avec lesquels il faudra désormais composer.

 

Ma note : 3,5/5

 

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Même les monstres de Thierry Illouz

Publié le par mademoisellechristelle

 

 

Ce que dit la quatrième de couv’ : « Je voudrais que l’on dise ce que vivent les gens, que l’on raconte les quartiers, les immeubles, l’argent qui manque, l’absence de reconnaissance. Je voudrais oser les mots ghetto, stigmatisation, relégation. Je voudrais appeler à la clémence, au doute. Je voudrais que l’on se soucie des abandonnés. »

 

Il est avocat pénaliste depuis trente ans. Enfant des cités, sa vocation est née de son histoire. Et parce que la misère côtoyée par le passé est celle qui fabrique les monstres défendus aujourd’hui, Thierry Illouz lance un appel. Pour qu’enfin on regarde l’autre, dans le box des accusés. Celui qui nous effraie, celui que l’on condamne. Et qu’il est urgent de comprendre.

Un jour, j’ai décidé d’enfiler une robe noire et d’aller parler dans cet accoutrement, d’agiter les bras, ou plus exactement les manches. Je trouvais cela ridicule à notre époque, une robe avec un revers de satin au bout des bras. Et puis, je m’y suis fait, mieux même, je ne pouvais plus m’en passer, une sorte d’effet « Batman », pourrait-on dire. Dedans, je me sens plus fort, plus autorisé à parler ; le satin peut-être…

Ce que j’en pense : Monstre (n.m.) : personne qui suscite l'horreur par sa cruauté, sa perversité, par quelque vice énorme. (Larousse)

 

Ce sont ces « monstres » que Thierry Illouz, avocat pénaliste depuis 30 ans, a choisi de défendre. Et dans son livre, il nous explique pourquoi et cela passe par son histoire familiale. Thierry Illouz a grandi dans la région d'Amiens, dans une cité où l'on regroupe les pieds noirs qui viennent d'arriver en France, comme ses parents. Thierry Illouz aime son quartier et la diversité qui le compose. Mais surtout, Thierry Illouz aime les gens et croit profondément en l'être humain.

 

C'est sans doute ce côté altruiste qui lui fera se tourner vers la profession d'avocat. Et lorsqu'il revêt sa robe, c'est pour défendre ceux que le grand public a condamné avant même qu'ils n'aient été jugés : des violeurs, des pédophiles, des hommes violents, des meurtriers.

Thierry Illouz refuse de croire que les hommes sont divisés en deux catégories (les bons et les mauvais). Pour lui, derrière ces actes (indéfendables, certes) se cache un être humain avec une histoire de vie (défendable, elle). Il nous invite à la tolérance et à l'ouverture d'esprit : nous ne pouvons pas nous faire juge à la place du juge lui-même. « Mêmes les monstres » part du postulat que les monstres n'existent pas (sauf dans les contes de fées), seuls les hommes existent.

 

Défendre, c’est comprendre ce qui se trouve derrière les gestes, derrière les comportements ; où cela commence un geste ? Dans quelles circonstances, par quel enchaînement ? Comment toute la vie de quelqu’un prépare patiemment le moment terrible du passage à l’acte ?

J'ai adoré cette lecture et la vision profondément humaniste de Thierry Illouz. Je suis également d'avis qu'il ne faut pas regarder les accusés comme des monstres, mais comme des hommes dans leur globalité. D'ailleurs, si j'avais choisi de faire du droit pénal, je pense que j'aurais pu moi aussi défendre celui qui est assis dans le box des accusés. (En ce qui me concerne, j'ai choisi le droit du travail et la défense des employeurs : d'autres monstres ?)

 

Au-delà d'une simple réflexion sur les violeurs ou les pédophiles, l'auteur nous fait nous interroger sur l'efficacité de notre système judiciaire. Les peines prononcées sont-elles vraiment adaptées ? Ne devrions-nous pas nous pencher sur l'origine du Mal pour mieux le soigner et agir à titre préventif ? Ne pourrait-on pas éviter au lieu de sanctionner les comportements déviants ?

 

Il est clair que cette question dérange. Aussi, pour animer vos soirées, je vous propose d'aborder le sujet dans les dîners de famille : alors là, c’est grands débats garantis !

 

Ma note : 4/5

 

 

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Einstein, le sexe et moi d'Olivier Liron

Publié le par mademoisellechristelle

 

 

Ce que dit la quatrième de couv’ : « Je suis autiste Asperger. Ce n’est pas une maladie, je vous rassure. C’est une différence. Je vais vous raconter une histoire. Cette histoire est la mienne. J’ai joué au jeu télévisé Questions pour un champion et cela a été très important pour moi. »

 

Nous voici donc en 2012 sur le plateau de France 3 avec notre candidat préféré. Olivier Liron lui-même est fort occupé à gagner ; tout autant à nous expliquer ce qui lui est arrivé. En réunissant ici les ingrédients de la confession et ceux du thriller, il manifeste une nouvelle fois avec l’humour qui est sa marque de fabrique, sa très subtile connaissance des émotions humaines.

Je suis autiste Asperger. Ce n’est pas une maladie, je vous rassure. C’est une différence. Je préfère réaliser des activités seul plutôt qu’avec d’autres personnes. J’aime faire les choses de la même manière.

Ce que j’en pense : Alors là, je crie au génie et au chef d'oeuvre (oh génie ! oh chef d'oeuvre !). J'ai été touchée en plein cœur par ce roman. C'est même plus qu'un roman, c'est une décharge émotionnelle : on en prend plein les yeux, plein les mots et plein le cœur (j’ai versé une larme à la dernière page).

 

Tout d'abord, j'ai adoré l'écriture d'Olivier Liron : sa plume est fine, intelligente et drôle à la fois. Sous couvert d'une apparente légèreté se cache en réalité une grande profondeur et une grande sensibilité chez cet auteur ; une sorte d'écriture à fleur de peau. Le passage sur le harcèlement dont il a été victime à l'école m'a pris aux tripes. L'éducation nationale devrait sérieusement songer à faire étudier ce passage à l'école au lieu de distribuer des brochures édulcorées qui ne servent à rien.

 

Dans « Einstein, le sexe et moi », Olivier Liron utilise sa participation à l'émission « Questions pour un champion » comme décor pour nous raconter son histoire. Olivier Liron est autiste Asperger ("Ce n'est pas une maladie, je vous rassure. C'est une différence."). Il nous explique au début du roman qu'il a du mal à comprendre le sarcasme et l’ironie, qu'il adore le chocolat à l'orange et que toutes ses émotions sont exacerbées. Plus tard, avec les filles, c'est compliqué : il ne sait pas comment s'y prendre, il a honte de son corps et les relations humaines le dépassent un peu.

J'aurais voulu lui dire que je ne m'accordais pas le droit d'être moi-même, qu'on ne m'avait jamais accordé le droit d'être moi-même, et que j'avais l'impression d'être mon propre tyran en permanence, mon propre monstre. J'ai un monstre en moi.

L’histoire s’ouvre sur le sentiment de violence que l'auteur éprouve à l'égard des autres, ceux qui ne comprennent pas sa différence ; puis, grâce à son introspection, le lecteur comprend que l’histoire de la vie d’Olivier Liron n’est pas un combat contre les autres, c’est un combat contre lui-même.  

 

Ce livre s'adresse à ceux qui ne rentrent pas dans le moule, les minorités (visibles ou invisibles), à ceux qui sont assis au fond de la salle, en se demandant ce qu'ils font là, aux parias, aux oubliés... et à tous les autres aussi. C’est un vrai coup de/au cœur, une pépite littéraire. Bravo champion !

 

Ma note : 4,5/5

 

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La clé du bonheur

Publié le par mademoisellechristelle

Quand j'étais petite, je pensais que pour être heureuse, il fallait être blonde aux yeux bleus.
Lorsque j'étais adolescente, je pensais qu'il fallait être populaire pour être heureuse. 
Quand je suis devenue femme, j'ai cru qu'il fallait être parfaite pour être heureuse. 

J'ai essayé d'être tout cela. Mais je ne me suis pas sentie mieux pour autant (bon, okay... c'était mal parti pour être blonde aux yeux bleus).

En même temps, je ne vois pas comment être heureuse quand on s'efforce de ressembler à quelqu'un d'autre. 
En fait, je devrais peut-être commencer par me sentir bien en étant moi-même.

Qui se fiche qu'on soit blonde, brune, rousse, grande, petite, ronde ou mince à part nous-mêmes ? Peu importe qui tu es ou à quoi tu ressembles, l'essentiel c'est de décider qui tu es aujourd'hui et qui tu seras demain ; et c'est ce que tu juges bon pour toi qui te rendra heureuse et donnera un sens à ton existence.

Aujourd'hui, je ne prétends pas avoir percé le secret du bonheur mais j'espère en avoir trouvé la clé.

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La Princesse de Clèves de Madame de Lafayette

Publié le par mademoisellechristelle

Ce que dit la quatrième de couv’ : la Princesse de Clèves met en scène, à la Cour du roi Henri II, un trio tragique : le duc de Nemours est épris de la Princesse de Clèves, qui l’aime en retour, mais est adorée de son époux… Par refus de s’abandonner à une passion coupable, la princesse commet l’irréparable : elle avoue tout au prince. Et cet aveu central dont dépend l’issue du drame a fait couler beaucoup d’encre, ainsi que le résume la romancière Marie Darrieussecq : « Mes premiers lecteurs de Mme de Lafayette, au XVIIème siècle, le jugèrent invraisemblable : quelle épouse pense devoir informer son mari de ses tentations adultères ? Au XVIIIème siècle, cet aveu, on l’a trouvé charmant. Au XIXème, immoral. Au XXème, idiot : mais qu’elle l’épouse donc, son bellâtre de cour ! Et au début du XXIème, on dit qu’il ne faut plus lire ce livre, mais c’est encore une autre histoire. »

La magnificence et la galanterie n’ont jamais paru en France avec tant d’éclat que dans les dernières années du règne de Henri second. Ce prince était galant, bien fait et amoureux ; quoique sa passion pour Diane de Poitiers, Duchesse de Valentinois, eût commencé il y avait plus de vingt ans, elle n’en était pas moins violente, et il n’en donnait pas des témoignages moins éclatants.

Ce que j’en pense : Ahhh la Princesse de Clèves : un si grand modèle de vertu, de rigueur, d’austérité… Quand je n’arrive pas à résister à une boîte de chocolats, elle résiste à l’envie de succomber à l’homme de sa vie…

 

La Princesse de Clèves est secrètement amoureuse du duc de Nemours, l’un des plus beau partis de la Cour du roi Henri II. Mais sa condition de femme mariée du 17ème siècle lui interdit de vivre sa passion au grand jour, d’autant plus que le Prince de Clèves son mari l’aime éperdument. Au plus mal, elle finit par tout avouer à son mari : mais à quel prix ?

 

Transposons cette situation à une situation de nos jours. Tu es mariée à Mister Bean parce qu’il a de l’argent et que cela arrange bien tes parents. Alors que tu découvres la vie de femme mariée avec un mari que tu n’aimes pas (mais qui est bien brave), Bradley Cooper t'envoie des sextos et te dit qu’il t’aime… Tu fais quoi ?

 

En ce qui me concerne, je plaque tout et m’enfuie avec Bradley dans sa décapotable blanche, cheveux au vent et levant mon majeur en l’honneur des conventions et du « qu’en dira-t-on ? ». Mais pas la Princesse de Clèves. Elle choisit de rester fidèle et obéissante à son mari (et à elle-même), quoi qu’il advienne.

 

Courage ou stupidité ? La réponse à cette question diffère selon l’époque où on lit le roman.

 

Les premières pages sont difficiles à aborder en raison de la multiplicité des personnages et des alliances qui y sont décrites par Madame de Lafayette. Passé cela, on est plutôt pris par l’histoire de ce triangle amoureux. De nombreux thèmes sont abordés par l’auteure : l’amour impossible, la condition féminine, le renoncement…

 

Pour quelqu’un qui a décidé de se remettre aux classiques, je trouve que « la Princesse de Clèves » est une bonne entrée en matière car elle est intemporelle. D’autres classiques à me suggérer ?

 

Ma note : 2,75/5

Publié dans Littérature

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