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litterature

La délicatesse de David Foenkinos

Publié le par mademoisellechristelle

la-delicatesse.jpgL’histoire : Nathalie tombe éperdument amoureuse de François. François tombe éperdument amoureux de Nathalie. Entre eux, c’est un coup de foudre immédiat, c’est un couple parfait, c’est du  bonheur à l’état pur, c’est un amour à en faire pâlir plus d’un. Un classique.. Mais cette belle histoire va vite être gâchée par un évènement majeur : la mort de François.
Nathalie va alors devoir faire face à une douleur inqualifiable : la perte de l’être aimé. Elle va devoir se reconstruire jour après jour, affronter le regard des autres, faire face à sa solitude, et surtout, accepter l’idée que François ne reviendra plus jamais.
Et dans le cadre de sa reconstruction, Nathalie commet un acte insensé : elle embrasse Markus, l’un de ses collègues de travail, sans raison apparente. Nathalie, jeune femme discrète au charme envoutant, qui embrasse Markus, jeune homme plutôt gauche, pas très sûr de lui et loin de ressembler à un mannequin, ça étonne tout le monde..
Nathalie, elle, ne comprend pas pourquoi elle a fait cela. Markus, quant à lui, est résolument décidé à le savoir..
Ce que j’en pense : il est très difficile de passer juste après la lecture d’un livre qui vous a touché au plus profond de votre être (« La femme au miroir »). Et pourtant, David Foenkinos réussit l’exercice avec style. Il a été pour moi une « très bonne transition ».
J’ai trouvé l’histoire et les personnages plutôt touchants et je me suis très vite attachée au personnage de Nathalie. Sa façon d’appréhender l’amour avec des cicatrices m’a beaucoup plu ; tout comme le fait de s’affirmer en tant que femme dans son travail, voire même en tant que femme libre (cf. la fin du bouquin donc je ne dévoilerai rien).
Néanmoins, j’ai eu très peur au début. En effet, l’histoire commence comme une histoire d’amour hyper classique où l’on s’ennuie, parce qu‘elle sent « le vu, le re-vu et le re-re-vu ». Je comprends donc les polémiques que « La délicatesse » a suscité chez ses lecteurs. Le sujet en lui-même reste d’ailleurs hyper classique.
Et puis, tout bascule après le surprenant baiser que donne Nathalie à Markus. Tout comme Nathalie, le lecteur est interloqué par la folie de son geste et reste suspendu à la plume de l’auteur pour en savoir plus.
Ce baiser marque le début d’une histoire singulière entre deux personnages radicalement différents. On aurait presque envie d’y croire « pour de vrai », à cette histoire. Et pourtant, dans la réalité, je connais peu de bombes sexuelles perchées sur des talons qui ont embrassé sans raison des hommes au physique plutôt ingrat.. Il fallait bien un livre pour souligner la singularité de ce geste.
J’ai également apprécié les petites notes de l’auteur entre deux chapitres qui ajoutent un ton décalé, une originalité au bouquin qui ne m’a pas dérangé outre mesure.
C’est un livre qui se lit très rapidement et pour lequel l’auteur a adopté un style tout en douceur, en finesse et en délicatesse..
A savourer avec plaisir un dimanche de pluie avec un café et une bonne pâtisserie..
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Et pour finir, une petite citation : « Ils s’assirent. Il y avait cet émerveillement réel entre eux, celui du plaisir physique. Quelque chose qui était le merveilleux des contes, des instants volés à la perfection. Des minutes que l’on grave dans sa mémoire au moment même où on les vit. Des secondes qui sont notre future nostalgie. « Je me sens bien », souffla Nathalie, et Markus fut réellement heureux ».

 

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La femme au miroir de Eric Emmanuel Schmitt

Publié le par mademoisellechristelle

la-femme-au-miroir-copie-1.jpgL’histoire : « La femme au miroir » raconte l’histoire de trois femmes, qui vivent à trois époques différentes. Toutes trois vont arriver à un tournant majeur de leur vie et se rendre compte qu’elles sont différentes de leurs contemporaines. Toutes trois ont tout pour être heureuses et possèdent tout ce que toutes les autres femmes ont toujours rêvé d’avoir. Et pourtant..

Anne vit à Bruges, à l’époque de la Renaissance. Alors qu’elle est sur le point de se marier avec l’un des meilleurs partis de la ville, Anne s’enfuit et se réfugie dans la forêt pour entrer en communion avec la nature et les animaux. Elle n’en ressortira que grâce à l’aide d’un moine un peu marginal. Il en  est persuadé : Anne a refusé le mariage car elle est en réalité une servante de Dieu.

Hanna vit dans la Vienne impériale de Sigmund Freud. Hanna a tout pour être heureuse : elle s’est mariée avec un homme fortuné, véritable prince charmant de conte de fées et complètement fou amoureux d’elle ; tellement amoureux qu’il l’exhibe devant toute l’aristocratie viennoise tel un objet de fierté. Hanna confie pourtant son grand malheur à son amie d’enfance à travers ses lettres : elle n’arrive pas à être heureuse avec son mari. Bien qu’ayant un mari doux et attentionné, Hanna ne parvient pas à éprouver de réels sentiments amoureux pour lui et perçoit ses rapports sexuels comme des « exercices de gymnastique » sans fin. Mais surtout, elle se sent en dessous de ce que la famille de son mari attend particulièrement d’elle, enfanter.

Anny est une star que s’arrache le tout Hollywood de nos jours. C’est l’une des meilleures actrices de sa génération et une brillante carrière s’offre à elle dans le cinéma. Et pourtant, Anny sent un grand vide au fond d’elle qu’elle ne parvient pas à combler ; elle sent que sa vie manque de substance et que son univers est factice. Anny consomme drogues, alcools jusqu’à s’en étourdir et oublier ; elle consomme également les hommes avec qui elle entretient des relations plus que passagères. Tout cela n’a qu’un seul objectif : Anny cherche à s’autodétruire.  

Pour échapper à leur destin, les trois femmes prennent la fuite et se réfugient dans ce qui était censé résoudre les problèmes à leurs époques respectives : Anne fuit son mariage et se réfugie auprès de Dieu ; Hannah fuit ses devoirs d’épouse et se réfugie dans la psychanalyse ; Anny fuit la gloire de Hollywood et se réfugie dans la drogue et l’alcool.

Ces trois femmes rebelles et insoumises vont pourtant choisir reprendre leur destin en main et donner un sens à leur vie malgré ce que les attentes de la société.

Ces trois femmes, que des siècles séparent, sont pourtant infiniment proches.. Ne formeraient-elles pas en réalité qu’un ?

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Ce que j’en pense : Ce roman est un véritable coup de cœur: plus que ça, il m’a transcendé ! Eric-Emmanuel Schmitt a su me toucher tant dans les thèmes abordés que dans son écriture.

De manière générale, la cause de la femme est le thème principal de ce roman. L’auteur y aborde non seulement ses forces mais aussi ses faiblesses, ses désirs les plus profonds, ses angoisses, et surtout, l’image de la femme à travers le miroir de la société.

En effet, Eric-Emmanuel Schmitt a choisi d’intituler son roman « La femme au miroir » car les trois personnages n’arrivent pas à se refléter dans le miroir qu’offre la société. Et pour cause, ce miroir leur renvoie une image de ce qu’elles devraient être alors qu’en réalité elles souhaitent y voir ce qu’elles sont vraiment. D’ailleurs, symboliquement au début du roman, un miroir se brise..

J’ai été étonné du fait qu’un homme arrive si justement à décortiquer et analyser les sentiments des femmes. Moi qui avait cru que seul Stefan Zweig arrivait à décortiquer avec brio les sentiments humains.. c’est dire!

D’ailleurs, les trois héroïnes ont un rapport particulier avec l’autre sexe. Toutes trois subissent le désir des hommes, auquel elles veulent échapper. Anne s’enfuit le jour de son mariage, Hannah cherche à échapper à ses devoirs d’épouse et Anny, qui collectionne les hommes, se regarde dans le miroir et se demande « c’est qui cette pute […] qui a couché avec tous les garçons présents ? »

Le style du roman est plutôt fluide et léger. Malgré son épaisseur (450 pages), il se lit très facilement sans jamais éprouver la moindre sensation d’ennui. J’ai d’ailleurs trouvé particulièrement original le fait d’utiliser un style épistolaire pour raconter l’histoire de Hanna (style aujourd’hui complètement oublié par les auteurs contemporains). J’adresse également une mention spéciale à l’astuce de l’auteur pour lier les trois femmes..

Je pense que chaque femme peut retrouver une partie d’elle-même au travers de ces personnages qui ne pourtant que pure fiction. D’ailleurs, lorsque l’on ferme « La femme au miroir », on en viendrait presque à se demander : et si cette femme c’était moi ? 

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Et pour finir, quelques petites citations : « Dans quel but je me lève le matin ? A part ma collection, rien de la journée à venir ne m’attire. Néanmoins, bravement, j’endosse mon uniforme, je rabâche mon rôle, je révise mes répliques, je règle mes entrées ou mes sorties, je me prépare à la comédie de mon existence. Je languis peut être après un miracle… Lequel ? Cesser de me voir agir. Ne plus être ni l’actrice ni la spectatrice de moi-même. Arrêter de ma juger, de me critiquer, de percevoir mon imposture. Qu’enfin, tel un sucre dans l’eau, je fonde dans la réalité et m’y dissolve ».

« Pourquoi a-t-on inventé le cinéma ? Pour persuader les gens que la vie a la forme d’une histoire. Pour prétendre que, parmi les évènements désordonnés, que nous subissons, il y a un début, un milieu, une fin. Ca remplace les religions, le cinéma, ça met de l’ordre dans le chaos, ça introduit de la raison dans l’absurde ».

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Vingt-quatre heures de la vie d'une femme, de Stefan Zweig

Publié le par mademoisellechristelle

vingt-quatre-heures-de-la-vie-d-une-femme-97112-250-400.jpgPassion du jeu, passion amoureuse.. Tout comme « le joueur d’échecs »,  Stefan Zweig plonge à nouveau son lecteur dans son thème de prédilection : la folie..

L’histoire : L’histoire se déroule sur la Côte d’Azur, au début du siècle dernier, dans une pension de famille pleine de gens « bien comme il faut ». Et pourtant.. oh scandale.. l’une des pensionnaires de cette respectable maison, Madame Henriette, pourtant déjà mariée, s’est enfuie avec un jeune homme qui n’avait passé qu’une seule journée à la pension.

Tout le monde semble la condamner sauf une personne : le narrateur. Il va tenter de comprendre ce qui a pu amener cette femme à suivre sa passion au détriment de la moralité et des "qu'en dira-t-on". Une personne va venir l’aider à comprendre son geste : une vieille dame anglaise très distinguée, Mrs C., qui va lui raconter comment vingt-heures auront à jamais changé sa vie.

Ce que j’en pense : c’est la deuxième nouvelle que je lis de Stefan Zweig et j’ai toujours autant de plaisir à la dévorer. Le style y est toujours aussi fluide, les mots sont choisis, le récit est synthétique mais suffisant.

« Vingt-heures de la vie d’une femme »met avant deux thèmes : la folie et la passion (l’une amoureuse et l’autre pour le jeu). Une passion qui va d'ailleurs conduire les personnages de cette nouvelle à la folie..

Stefan Zweig nous offre également une occasion de réfléchir sur la société dite "bien pensante" et les conséquences de la frustration des passions que l'on a enfouies. "Seuls peut-être des gens absolument étrangers à la passion connaissent, en des moments tout à fait exceptionnels, ces explosions soudaines d'une passion semblable à une avalanche ou à un ouragan : alors, des années entières de forces non utilisées se précipitent et roulent dans les profondeurs d'une poitrine humaine".

Peut-on vivre pleinement ses passions au mépris des conventions sociales ? Le narrateur semble penser que l'on ne doit pas juger une personne par les actes qu'elle commet. Après tout, si l'on ne vit pas ses passions, aura-t-on vraiment vécu ?

Je n'ai qu'un seul regret ou plutôt une seule frustration avec ce livre : on en veut plus ! Bref, à consommer sans modération !

Et pour finir, une petite citation : "Je déclarai que cette négation du fait incontestable qu’une femme, à maintes heures de sa vie, peut-être livrée à des puissances mystérieuses plus fortes que sa volonté et que son intelligence, dissimulait seulement la peur de notre propre instinct, la peur du démonisme de notre nature et que beaucoup de personnes semblait prendre plaisir à se croire plus fortes, plus morales et plus pures que les gens "faciles à séduire".

 

 

 

  

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Beauté fatale de Mona Chollet

Publié le par mademoisellechristelle

beaute-fatale.jpgMona Chollet est journaliste au Monde Diplomatique et l’auteur du site peripheries.net.  « Beauté fatale » est un essai, véritable satyre, dénonçant l’instrumentalisation du corps des femmes, notamment au profit des grandes marques des secteurs du luxe et des cosmétiques.
Pour appuyer ses théories, Mona Chollet va utiliser des exemples concrets et qui nous parlent à toutes : la presse féminine, les blogs mode, les séries américaines (mad men, sex and the city..), l’actualité (affaires Strauss-Kahn et Polanski).. qu’elle va décrypter afin de nous démontrer l’existence d’un véritable dictat de l’apparence qui impose une féminité complètement stéréotypée et dénuée de toute originalité.
Néanmoins, peu de femmes réussissent à atteindre ce modèle dit « de perfection » et à adopter le mode de vie qui va avec. Du coup, Mona Chollet démontre comment le fait de ne pas atteindre ce modèle engendre une haine envers soi et envers son corps. Et d’ailleurs, les femmes qui réussissent à atteindre ce fameux modèle trouvent-elles vraiment paix et sérénité ?
     
Les théories de Mona Chollet : L’essai est divisé en plusieurs parties développant chacune un thème lié à la féminité. Voici quelques-unes des théories développées par l’auteur.
Je ne vous apprends rien lorsque je vous dis que les femmes n’existent qu’à travers leur beauté. En effet, elles sont avant tout exposées pour leur apparence, c’est dans tous les magazines féminins. « Les femmes doivent n’être ni trop, ni trop peu attirantes : dans le premier cas, elles risquent de ne pas être jugées crédibles professionnellement et, si elles se font harceler sexuellement, elles l’auront bien cherché ; dans le second, elles s’exposent aux réflexions désobligeantes pour avoir manqué à leur rôle de récréation visuelle et de stimulant libidinal ».
Les femmes sont donc considérées comme des objets de représentation et non des êtres pensants, qualité qui semble être l’apanage des hommes Elles ne créent pas, ne bâtissent pas, ne parlent pas non plus, mais ont pour obligation d’être féminines pour pouvoir exister (« sois belle et tais toi ! »).
Certaines pensent qu’en utilisant leur intelligence, elles pourront contourner cette injonction à la féminité. Toutefois, il est fort probable que ces femmes n’auront pas l’intelligence de faire le tri entre les différents comportements imposés à elles. L’intelligence n’a rien à voir avec cela. En effet, le propre de ces discours est de la contourner (avez-vous déjà entendu parler du neuromarketing ?). Les publicitaires et la presse féminine jouent sur des craintes et des failles intimes que l’intelligence ne peut déceler : la peur de ne pas être aimée, la peur d’être rejetée, la peur de vieillir etc.. pour pouvoir faire passer leur message.
     
Les petites filles grandissent donc avec l’impression que les modèles de réussite sont matérialiséestoutcequibrille par les photographies de mannequins ou d’actrices que l’on retrouve dans la presse spécialisée pour les femmes. A ce titre, Mona Chollet nous donne un exemple qui m’a particulièrement frappé.
Les deux héroïnes du film « tout ce qui brille » rêvent en secret de posséder de belles chaussures, de porter les habits des grands couturiers, d’avoir un train de vie luxueux.. C’est cela, leur modèle de réussite. En revanche, le destin de Marie Curie, lui, ne les fait pas rêver. Marie Curie n’est pas présentée comme un modèle de réussite. D’ailleurs tout le monde s’en fout. Autre exemple : qui cela ferait-il rêver aujourd’hui de voir Sophie Marceau passer l’Agrég de français dans le film l’ « Etudiante » (http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=29685.html). Personne, on est bien d’accord. Penser et réussir ses études n’est pas un modèle rêvé de vie.
Tout ceci fait bien évidemment les bonnes affaires des grandes marques du luxe, de la cosmétique et des magazines féminins qui voient leur chiffre d’affaires croitre de plus en plus alors que nous connaissons actuellement une crise économique d’ampleur mondiale !
Le retour de bâton (backlash) est alors sans pitié : les petites filles s’imaginent que les modèles qui leur sont présentés partout sont des symboles de réussite et qu’il faut leur ressembler quel qu’en soit le prix. Du coup, au lieu de se développer et de renforcer leur personnalité, elles se vident de leur contenu pour se rapprocher de modèles standardisés et sans personnalités. 
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D’autre part, il convient de noter que la vie des stars est composée uniquement de loisirs, de plaisirs et de moments où on dépense son argent (boire dans des bars à la mode, faire du sport avec un coach, diner au restaurant, faire les boutiques, bronzer à la plage..). Ces moments de vie sont censés vous apporter plénitude et satisfaction.
Ce mode de vie doit surtout être considéré comme un « bras d’honneur » à la plèbe qui ne pourra jamais atteindre un tel train de vie. Néanmoins, ces gens si bien-pensant ont oublié que l’on ne peut apprécier des moments de plaisirs que lorsqu’on a dû affronter d’autres moments plus sombres. C’est ce contraste qui fait prendre aux moments de plaisir tout leur sens.
     
La série Sex and the City reflète parfaitement cette réalité. On y voit les quatre héroïnes évoluant dans une vie composée uniquement de loisirs (et très couteux la plupart du temps) sans jamais travailler (sauf peut-être pour Miranda l’avocate). Leur modèle de réussite consiste donc à dépenser leur argent et évoluer dans le milieu du luxe new-yorkais, agrippant en chemin tous les beaux gosses riches qui passent par là. Des valeurs comme le travail, l’amour d’une famille, la beauté simple de la vie, le partage, la découverte de soi et du monde en sont exclues.
Enfin, laissez-moi vous dire quelques mots sur le corps féminin. Là encore, je ne vous apprends rien lorsque je vous dis qu’il existe en la matière une injonction à la minceur (voire la maigreur), modèle largement diffusé par les stars et par les grandes industries du luxe et de la mode qui, là encore, y trouve bien leur compte.
« La presse féminine promet à ses lectrices le nirvana, pour peu qu’elles parviennent à conquérir le corps qu’elle leur fait miroiter. Ce nirvana, les créatures qui peuplent ces pages mode, photographiées au bord de l’orgasme dans des paysages de rêve relève de l’illusion. L’absence de tout bourrelet ne signifie pas, loin de là, l’absence de tout problème, comme on veut le croire. Le métier de modèle semble bien n’apporter que la haine de soi ».
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Ce que j’en pense  : soyons franches, j’ai pris une véritable claque avec ce livre ! Les termes sont choisis avec soin, ce que Mona Chollet dit est censé, intelligent, réfléchi voire même salutaire. Attention toutefois, certaines théories sont un peu trop poussées au risque d’agacer parfois le lecteur (était-ce là un effet recherché ?).
A travers cet essai, Mona Chollet pose les bases du féminisme du 21ème siècle : un féminisme mordant, audacieux mais aussi sachant observer et déjouer les mécanismes et les pièges de la société moderne.
 
Mona Chollet, à travers « beauté fatale » ne nous interdit pas d’être belles et féminine. Elle attire notre attention sur le fait de développer sa propre pensée et sa propre féminité, loin des influences sociétales, pour enfin pouvoir être en paix avec l’image que reflète le miroir : « Non, décidément, il n’y a de mal à vouloir être belle. Mais il serait peut-être temps de reconnaître qu’il n’y a aucun mal non plus à vouloir être ».
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Et pour finir, quelques petites citations : "Dans les magazines pour adolescentes, les seules femmes qui sont mises en vedette, ce sont les mannequins et les actrices. Forcément, leurs lectrices en déduisent que c'est cela, la réussite pour une femme. D'ailleurs, leurs fantasmes de succès se limitent souvent aux carrières qui feraient d'elles des objets de représentation : chanteuse, actrice, top model."
 
« Il est significatif que le personnage qui a fait carrière en incarnant une caricature creuse de l’intellectuel parisien, Bernard-Henri Levy, forme un couple médiatiquement très vendeur avec l’actrice et chanteuse Arielle Dombasle : ensemble, ils représentent à la perfection cette division des rôles sexués. Monsieur pense et pontifie, pendant que Madame danse nue au Crazy Horse et dispense ses conseils de beauté et de nutrition dans les magazines ».
« Les conséquences de cette aliénation sont loin de se limiter à une perte de temps, d'argent et d'énergie. La peur de ne pas plaire, de ne pas correspondre aux attentes, la soumission aux jugements extérieurs (…) traduisent et amplifient tout à la fois une insécurité psychique et une autodévalorisation qui étendent leurs effets à tous les domaines de la vie des femmes. Elles les amènent à tout accepter de leur entourage ; à faire passer leur propre bien-être, leurs intérêts, leur ressenti après ceux des autres ; à toujours se sentir coupables de quelque-chose ; à s'adapter à tout prix, au lieu de fixer leurs propres règles ; à ne pas savoir exister autrement que par la séduction, se condamnant ainsi à un état de subordination permanente ; à se mettre au service de figures masculines admirées, au lieu de poursuivre leurs propres buts ».
 
«A la fin des années 1970, une jeune top model est à Paris. Se promenant avec une amie, elle voit tout à coup Jack Nicholson sortir de l’hôtel George V. Elles l’abordent au culot, et l’acteur leur propose de l’accompagner à une petite fête où il se rend. « Jack sonne et devinez qui ouvre la porte ? Roman Polanski ! C’était complètement dingue ! Nous sommes rentrés dans une pièce remplie de petites blondes d’une quinzaine d’années. Du coup, Lisa et moi on se trouvait vieilles et on s’est regardées en se disant intérieurement : « Foutons le camp d’ici !» Quelqu’un a fait passer un joint, Lisa n’y a pas touché, mais j’en ai pris quelques taffes. Tout à coup, je commence à me sentir malade, à tel point que je suis obligée de m’allonger. Il m’a fallu quelques minutes pour reprendre mes esprits. Mais plusieurs des filles étaient inconscientes… ça craignait ! On s’est barrées ».
   

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La passion Lippi de Sophie Chauveau

Publié le par mademoisellechristelle

Qui a dit que les moines dessinant des Madones étaient tous des anges ? Ce n’est certainement pas le cas de Filippo Lippi, artiste libre, moine défroqué, prince des voyous, manipulateur, ivrogne et libertin.
« La passion Lippi » est le premier volet d’une trilogie consacrée à la Renaissance italienne ; suivent ensuite « le rêve Botticelli » (disciple de Lippi) et « l’obsession Vinci ».   
 
La-passion-Lippi.jpgL’histoire : Florence, 1414. Cosme de Médicis, qui dirige alors la ville, arpente les rues de Florence lorsqu’il se retrouve nez à nez avec un enfant dont les pieds nus sont recouverts de corne épaisse. Cosme n’aurait d’ailleurs pas prêté attention à cet enfant, s’il n’avait pas remarqué le dessin que ce dernier était en train de réaliser sur le sol avec de la poussière et du charbon de bois. Grand amateur d’art, Cosme repère immédiatement le talent chez cet enfant.
 
Il le confie alors à son grand ami, Guido di Pietro, peintre artisan, auprès duquel Lippi apprendra les bases du métier (préparer les panneaux, dessiner, mélanger les couleurs..). Il le confie également au couvent des carmes auprès duquel Lippi recevra une éducation religieuse des plus strictes. Lippi est heureux : heureux d’en avoir fini avec la misère de la rue mais surtout, heureux d’apprendre. « Il aime apprendre. Il vient de le découvrir : il adore qu'on lui enseigne des choses. Chaque nouveauté est un cadeau. Il se sent vivre plus fort quand on lui communique des choses formidables. Formidable bonheur ! Il jubile de tout son corps ». Néanmoins, Lippi a soif de liberté.
 
Et pour se sentir plus libre, il s’échappe tous les soirs du couvent où il loge pour retrouver les prostituées des bordels alentours. Il trouve auprès d’elles réconfort, tendresse, enivrement et plaisir de la chair alors qu’il est âgé d’à peine treize ans. Lippi réalisera d’ailleurs des fresques murales et des peintures sur plafond à l’intérieur de ces bordels. Ses œuvres représentant des madones dévêtues lui vaudront le surnom de « prince des bordels » et lui assureront la protection des prostituées.  
 
fillippino-lippi-autoportrait-offices.jpgPuis, Lippi prononce ses vœux et devient moine en même temps que son maitre Guido. Entre temps, Lippi se lie d’amitié avec un jeune peintre talentueux de l’époque, surnommé Masaccio, dont il s’inspirera tout au long de ses œuvres. Il fréquente également les grands artistes du quattrocento : Donatello, Ghiberti, Brunelleschi, Ucello.. Lippi devient de plus en plus célèbre et les commandes de représentation de madones, dans lesquelles Lippi excelle, affluent. Toujours sous la protection de Cosme de Médicis, Lippi met son insolence au service de son ambition. Il décide de faire souffler un vent nouveau sur la peinture italienne. En effet, Lippi monnaye ses œuvres, fait payer ses idées et ses coups de pinceau aux grandis de la société italienne. « Les riches n’ont jamais été si malmenés « au nom de l’art ». Avec l’argent gagné, Lippi mène une vie de débauche, s’enivre dans les bordels et fréquente les bas-fonds.
 
A soixante ans, on lui demande de réaliser un triptyque marial pour la chapelle d’un couvent à Prato. Lippi choisit de prendre une nonne pour modèle. Il voit toutes les nonnes du couvent, une par une. Aucune ne semble le satisfaire. Puis, entre la jeune Lucrezia Butti. Il le sait, c’est elle la Vierge Marie. Une Vierge pour qui il s’est pris de passion dès le premier regard mais aussi une Vierge qui le poussera à commettre l’irréparable..
 
Ce que j’en pense :  Quelle incroyable vie que celle de Fra Filippo Lippi ! Moine mais pas saint pour autant, Lippi apparait comme un personnage attachant par certains côtés, et antipathique par d’autres. Et pourtant, soyons honnête : je me suis un peu ennuyée pendant les 300 premières pages du livre (qui en compte 480).
 
filippo lippi-vierge-a-l-enfant-et-deux-angesCette première partie présente néanmoins l’avantage de nous faire découvrir la société italienne du XVème siècle ainsi que la vie et les mœurs des peintres de la Renaissance. Si l’on passe les anachronismes et les erreurs historiques, on y apprend notamment que la plupart des peintres italiens, contrairement à Lippi, préfèrent les hommes (ce sera le cas de Botticelli). On y apprend aussi que les femmes servant de modèles pour les tableaux et les représentations de Vierges Marie n’étaient autre que des prostituées choisies dans le bordel le plus proche ; tableaux et représentations adorés ensuite par les fidèles venus honorer la Sainte Vierge dans les églises.
 
Les œuvres peintes par Lippi sont plutôt bien décrites mais on déplore toutefois l’absence d’illustrations. Du coup, je n’ai eu qu’une envie une fois le bouquin fini : chercher toutes les œuvres de Lippi pour pouvoir retrouver celles décrites par l’auteur !
 
La midinette fleur bleue que je suis a préféré la seconde partie consacrée à la grande histoire d’amour de Lippi avec Lucrezia, qui lui inspira la plupart de ses toiles. Et là, avouons-le, Sophie Chauveau a une manière de décrire et de raconter l’amour et le désir de l’autre que peu d’auteurs ont. J’étais tout simplement scotchée au livre et je ne m’en détachais qu’à grand peine. Il y a une telle intensité dans son écriture ! Des sentiments si vrais, si profonds que ça ne peut être que du vécu. J’en reste encore toute retournée rien que d’y penser..

 

Et pour finir, une petite citation : « Mais c’est étrange. Depuis ce matin, je le sais toujours mais je ne le crois plus vraiment, plus autant. Enfin pas seulement. Vous me regardez aussi… Comment dire ? … Pour me voir. Pas uniquement pour me peindre. Voilà ! C’est ça ! Oui ! Et c’est pour ça que je me sens toute nue. Complètement nue. Comme on n’a pas le droit au couvent. […] Je suis déshabillée par vos coups d’œil. Ces successives douleurs. C’est moi qui suis nue, pas la Sainte Vierge que vous dénudez, mais bien la pauvre Sœur Lucrezia de l’Annonciation ».
 
  Coronation-of-the-Virgin_Spoleto--Duomo_1467-69.jpg
 
 
 
 

 

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Le joueur d'échecs de Stefan Zweig

Publié le par mademoisellechristelle

le joueur d'echecsJusqu’à quel point l’esprit peut-il se vider avant de basculer dans la folie ? C’est l’une des questions posées par Stefan Zweig, dans son œuvre « Le joueur d’échecs ».

 

L’histoire : Ce livre parle d’un homme, Monsieur B., ancien avocat, enlevé et séquestré par la Gestapo. Dans sa cellule, rien, si ce n’est un lit, une table, une chaise, une cuvette. Rien n’est autorisé pour tromper l’ennui : pas de visites, pas de livres, pas de feuille, pas de crayon. Dans sa cellule vide, l’esprit de Monsieur B. tourne en rond : il n’éprouve rien à part l’ennui. Puis, il commence petit à petit à céder à la folie et la paranoïa.

Un jour, Monsieur B. parvient à dérober à ses ravisseurs un livre : un manuel d’échecs retraçant 150 parties des plus grands maîtres. Sa captivité va alors basculer. Fini l’ennui de sa triste cellule. Il devient obsédé par les échecs. Tellement obsédé, que lorsque des années plus tard, il joue contre un champion d’échecs, Monsieur B. connait un état d’excitation extrême, des palpitations qui lui font frôler la crise cardiaque et le font basculer à nouveau dans la folie.

      le joueur d'echecs II

 

 

Ce que j’en pense : En plus du thème de la folie, Stefan Zweig aborde également la question de l’obsession et de l’enfermement et cela, de deux manières différentes avec deux personnages différents. D’abord à travers le champion d’échecs qui est un monomaniaque renfermé sur lui-même et qui n’a pour seule obsession que les échecs. Puis, à travers Monsieur B. qui a été obsédé nuit et jour par les échecs afin de pouvoir s’échapper de son enfermement.

Il s’agit du dernier livre écrit par Stefan Zweig avant son suicide. Le lecteur reste un peu frustré par la brièveté du récit (je me demande encore s’il s’agit d’un roman ou d’une nouvelle) et le fait que les thèmes n’aient pas été suffisamment approfondis. Néanmoins, étant donné le style hyper fluide et clair de l’auteur, je ne peux que fortement recommander ce bouquin que l’on peut lire d’une seule traite !

 

Et pour finir, une petite citation : « Mais, si dépourvues de matière qu’elles paraissent, les pensées ont aussi besoin d’un appui, faute de quoi elles se mettent à tourner sur elles-mêmes dans une ronde folle ».

 

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Mange, prie, aime, de Elizabeth Gilbert

Publié le par mademoisellechristelle

mange-prie-aime.jpgAttention : la lecture de ce livre peut s’avérer extrêmement dangereuse lorsqu’on est à un tournant de sa vie !

 

L'histoire : L’héroïne, une américaine un peu paumée, s’interroge sur son existence et se pose des questions que l’on s’est toutes posées à un moment ou un autre : « je possède tout pour être heureuse dans la vie : j’ai un mari qui m’aime, une belle maison en banlieue, une carrière en pleine expansion.. mais alors, pourquoi je ne me sens pas comblée ? ».

Tout simplement parce qu’elle ne savait pas ce qu’était le bonheur et qu’un mari, une maison et une carrière ne correspondaient pas à SA définition du bonheur. Et pour le trouver, Liz Gilbert s’est donné une année.  

Une année pendant laquelle elle va s’exiler dans trois pays liés à son histoire : l’Italie, l’Inde et Bali. Une année pendant laquelle elle va partir en quête d’elle-même et trouver cet équilibre qu’on appelle le bonheur. Mais surtout, une année pendant laquelle elle va partir en quête de spiritualité et se rapprocher de Dieu, notamment à travers la méditation.

Ce que j'en pense : le livre diffère totalement du film (super production hollywoodienne qui dessert le livre à mon humble avis). Si le film se concentre sur les problèmes nombrilistes d’une femme qui ne sait pas ce qu’elle veut, le livre en revanche nous fait découvrir un écrivain avec un regard ouvert sur le monde, plein d’humour (on arrive à rire même son pendant son séjour dans un ashram) et de spiritualité (le livre est extrêmement bien documenté en la matière).

 

Finalement, Liz est un personnage que l’on trouve attachant et, il faut se l’avouer, que l’on envie à mourir d’avoir pu tout plaquer pour aller faire le tour du monde !  

On ne peut pas dire que ce bouquin ait changé ma vie, ce serait exagéré. Mais il m’a donné l’occasion de réfléchir sur des points vraiment très intéressants. Malgré quelques passages où le rythme s’essouffle, et d’autres un peu longuet (j’avoue que la lecture de son séjour en Inde a été un peu fastidieuse), « Mange, prie, aime » a vraiment été une lecture agréable et positive qui donne envie de sourire à la vie !

 

Et pour terminer, une petite citation : « Il vaut mieux vivre imparfaitement sa propre destinée, plutôt que vivre en imitant la vie de quelqu’un d’autre à la perfection ».

Publié dans Littérature

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Les jolies choses de Virginie Despentes

Publié le par mademoisellechristelle

414XSVKVNAL SL500 AA300Voilà un  ouvrage pour les féministes du 21ème siècle.. Les hommes y sont présentés dans tout ce qu'ils ont de plus malsains : faibles, pervers et manipulateurs.. La femme, au centre du roman, s'humilie en se transformant en objet sexuel pour montrer qu'elle existe et qu'elle veut être aimée.. Une histoire de haine qui se transforme en fascination puis en auto-destruction..

 

Pour ma part, ce livre m’a bouleversé ; non seulement parce qu'il m'a aidé à comprendre certaines vérités sur les autres, mais également sur moi même.

L'auteur nous montre comment certaines femmes peuvent parfois se rabaisser à adopter un comportement qui ne leur ressemble pas, tout cela pour plaire à des hommes qui ne leur plaisent pas. S'habiller comme-ci, se cambrer comme ça, tout ça parce qu'elles croient que c'est la seule façon d'être aimée et d'avoir de l'attention. Finalement, elles me font penser à une petite poupée, toute jolie, bien habillée, bien maquillée. Une petite poupée avec laquelle des hommes mal intentionnés vont s'amuser puis jeter, comme on jette un objet vulgaire et familier que l'on a consommé. Parce des poupées, y'en a plein les supermarchés.. A vouloir plaire à tout prix, on oublie qu'il faut d'abord se plaire à soi même.

 

Virginie Despentes adopte un style punchy, authentique, trash mais qui sait rendre ces personnages profondément humains et attachants.. Je suis conquise !

Publié dans Littérature

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